Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Hostilités sous l’austérité

Malgré le froid viscéral qui, depuis trop longtemps déjà, sévit sur le territoire québécois, on entend scander de part et d’autre de la province des slogans qui nous rappellent le printemps.

Ça brasse, ça bouge. On organise des assemblées générales et des actions diverses. On brave les températures polaires pour représenter physiquement ses convictions. Les médias s’accaparent le va-et-vient des déclarations d’officines politiques et syndicales. Décidemment, les relents printaniers se font de plus en plus sentir, et on repense graduellement aux évènements de 2012 qui semblent être encore frais dans les mémoires.

En ce moment, les échos des mesures d’austérité adoptées par le gouvernement libéral retentissent dans tout le Québec et il serait euphémique de dire qu’elles ne font pas l’unanimité. Commençons par définir ce que recèle ce « fourre-tout » qu’est le concept d’austérité. Grossièrement, l’équipe libérale désire adoucir la dette provinciale en diminuant les dépenses gouvernementales jugées superflues en ces temps de « crise ». Disséquons l’impact de telles mesures.

Les premières voies se sont élevées durant l’été dernier, lorsque le gouvernement de Philippe Couillard déposa son premier budget. Déjà, les employés du secteur municipal avaient pris la rue. Les syndicats de pompiers et de cols bleus, se sont opposés au projet de loi 3 concernant leur régime de retraite. Les autobus et les voitures de patrouille de la métropole ont été couverts des désormais familiers collants « Nous on a rien volé! ». Les policiers ont été jusqu’à saccager l’Hôtel de Ville dans une débâcle mémorable qui a sans doute semblée très surréaliste pour plusieurs, moi inclus. Bref, le ton était déjà donné.

Malgré ces quelques démonstrations de mécontentement, le premier ministre persista dans ses démarches de minceur budgétaire. Il déclara notamment : « Les finances du Québec ont besoin d’un urgent coup de barre et pas question de reculer devant la grogne syndicale » et d’ajouter : « Les décisions difficiles ont commencé. […] Si ce n’est pas difficile dites-vous qu’il n’y a pas de véritables changements », lors d’un Conseil général libéral tenu au mois d’octobre dans un prestigieux hôtel de Trois-Rivières. On annonçait alors des gels salariaux, une hausse du coût de l’électricité, diverses hausses de taxes ainsi qu’une inflation du coût des frais de garderie. Ce discours fut suivi de peu par une grande manifestation à Montréal, le jour de l’Halloween.

Plus récemment, plusieurs groupes se mirent à hausser la voix. Parmi les plus influents, on compte la CSN (Confédération des Syndicats nationaux), la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics ainsi que l’ASSÉ (Association pour une Solidarité syndicale étudiante). Cette dernière, qui joua un rôle prédominant en tant que leader d’opinion lors des grèves étudiantes de 2012, représente plus de 70 000 étudiants à travers le Québec (n’inclut pas l’AEP, membre de la FEUQ). Tous ces regroupements dénoncent les mesures d’austérité qui privent les Québécois de ressources sociales dans plusieurs domaines. En environnement, on assiste à une augmentation de la privatisation des ressources naturelles, tels les gaz de schistes et les hydrocarbures de l’île d’Anticosti. Le tarif de l’électricité augmentera d’environ 22 % d’ici 2018, alors que le Québec produit constamment un surplus d’électricité. On note aussi des coupures dans l’aide sociale ainsi que le domaine de la culture. L’ONF et Radio-Canada ont par exemple été durement touchés par ces mesures, qui se sont traduites par un nombre élevé de mises à pied.

En ce qui a trait à l’éducation, on craint une augmentation du ratio élèves/enseignant et une diminution des services accessibles aux élèves. Les réactions sont vives chez le corps enseignant. En plus d’une future précarité en ce qui a trait aux ressources pédagogiques mises à leur disposition, ils seront soumis à un gel sinon une diminution salariale, comme c’est le cas chez les professeurs au niveau collégial qui se verront retrancher 5 % de leurs revenus. Depuis, le collectif Profs contre l’austérité a été formé et a organisé maintes manifestations et actions de dérangement. La semaine du 22 février a été ponctuée de plus de 40 manif-actions menées par divers regroupements qui se positionnent contre les mesures d’austérité.

Au niveau universitaire, c’est l’UQAM (comme à son habitude) qui a pris les reines de la frustration estudiantine. Deux journées de grève avaient été décrétées pendant le mois de novembre. Pour le mois de mars, ce n’est pas moins que deux semaines de grève reconductibles qui ont été votées dans plusieurs facultés. L’ASSÉ, dont fait partie l’UQAM, a organisé un camp de formation de 3 jours à Drummondville dans le but de former et de d’établir des réseaux au sein de ses militants. De plus, elle organise, de consort avec une multitude d’organisations syndicales, une manifestation de grande ampleur le 2 avril à Montréal et brandit la menace d’une nouvelle grève générale illimitée.

La tension en est à un point tel que Philippe Couillard a refusé de se présenter au dernier colloque libéral, craignant pour sa sécurité. Préparez-vous donc à entendre le tintamarre des casseroles un peu partout dans la province, de jour comme de nuit, au risque de devoir rythmer votre sommeil au tempo des contestations. Mais ne vous inquiétez pas, s’il y en a un qui risque de faire des cauchemars de vaisselles, c’est bien notre premier ministre.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.