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Sur la mappe : le Turkménistan

Afin d’explorer un peu le monde dans le confort de notre Polyscope, nous amorçons ici une chronique Sur la mappe qui, nous espérons, s’avérera régulière. Dans l’espoir, qu’entre deux cours, la communauté polytechnicienne puisse s’évader pour une steppe russe semi-aride, une communauté autogérée du Danemark ou une danse folklorique savamment exécutée.

Bordé à l’ouest par la mer Caspienne et au sud par les montagnes à sa frontière commune avec l’Iran, recouvert à 80% par le désert du Karakoum et accueillant une population de 5 millions d’habitants, sur une superficie qui s’apparente à celle de la Californie, le Turkménistan.

 

Achgabat

…ou comment créer une ville fantôme à l’allure magistrale. Il suffit de « googler » la capitale du Turkménistan, Achgabat, pour en découvrir l’opulence. Mais cette perfection effraie. D’abord parce qu’il n’y pas âmes qui y vivent, ni dans les larges allées qui font vaguement penser à l’architecture communiste de Berlin-Est, ni dans les parcs qui intègrent la symétrie froide de la cité. Cette ville aseptisée, décrétée par les Records Guinness comme celle possédant le plus de bâtiments en marbre blanc, témoigne de la mégalomanie de ses dirigeants.

 

Politique 1.0

Après l’obtention de l’indépendance politique du Turkménistan vis-à-vis de l’Union Soviétique en 1991, Saparmourat Niazov devient le premier président du pays, une position qu’il occupera jusqu’à son décès en 2006. À la tête d’un régime autoritaire, il mène le pays au gré de ses fantaisies. Modifiant les noms de certains mois et jours de la semaine selon ses envies, il donne au mois d’avril celui de sa maman. Il s’octroie aussi le titre officiel de Turkmenbachi, signifiant littéralement « chef des Turkmènes », et propage son image sur les billets de banque, les bouteilles de vodka et les monuments divers à travers le pays, contribuant ainsi au culte de la personnalité. Une statue de douze mètres à son effigie est disposée, ironiquement, au sommet de l’Arche de la Neutralité à Achgabat de façon à ce que le visage du personnage demeure toujours éclairé par la lumière du soleil. Elle sera déplacée en périphérie de la cité après le décès de l’homme d’État. Enfin, la plus grande mosquée d’Asie centrale est érigée dans la ville natale du dirigeant au coût de 100 millions de dollars. Alors que le gouvernement, financé par les revenus engendrés par les exportations de gaz naturel et de coton, redore le pays; la population, elle, subit un taux de chômage qui environne les 40%, ainsi que de nombreuses violations aux droits de la personne, dont la liberté de presse et l’accès à l’information.

 

Livre sacré pour du business

En 2001, Niazov met sur papier ses réflexions religieuses et philosophiques dans le Ruhnama, un livre sacré qui devient un passage obligé dans l’éducation des jeunes, primant sur l’enseignement de matières classiques, telles que les mathématiques et les sciences. Il fait du Ruhnama l’emblème de son régime, celui-ci adopte alors une place d’aussi grande importance que le Coran dans la société turkmène à 89% musulmane.

Le Ruhnama constitue aussi, pour une entreprise internationale, un moyen inévitable pour faire des affaires avec le Turkménistan. Il suffit pour celle-ci de traduire le livre dans une nouvelle langue pour accéder au marché du pays. Ainsi, le documentaire « The Shadow of the Holy Book » du Finlandais Arto Halonen retrace les rouages de ce procédé, suivant le groupe industriel français, Bouygues, possédant notamment des filières dans les télécoms, la construction et le transport, et dénonce l’acceptation tacite de ces compagnies vis-à-vis du régime inégalitaire en place.

 

Politique 2.0

Suite au décès de Niazov, Gurbanguly Berdymukhammedov accède au pouvoir. Aussi excentrique que son prédécesseur, il est à l’origine de la politique voulant d’un pays teinté de blanc; la rumeur court que l’importation de voitures de couleur autre que blanche est maintenant interdite en sol turkmène. Fait cocasse : Berdymukhammedov est un ancien dentiste…

 

La Porte de l’Enfer

La Porte de l’Enfer, appellation donnée au cratère de Darvaza, est un lieu touristique populaire du Turkménistan. Intéressé par le potentiel pétrolifère de la région, les Soviétiques y entamaient un forage en 1971, mais tout s’effondre peu après, libérant une poche de méthane. Les scientifiques cherchant à en limiter la diffusion décident de l’allumer, pensant que ce champ de gaz s’éteindrait de lui-même quelques semaines plus tard. Il brûle pourtant encore aujourd’hui!




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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