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Les bons élèves verts ont encore besoin d’étudier

L’économie et les changements climatiques… Je vous entends déjà penser qu’on n’est pas sorti du bois! Effectivement, ce duo ne fait pas toujours bon ménage dans le domaine politique. Étant donné la complexité du sujet, j’ai bravement franchi les murs de l’UQÀM pour assister à la conférence « Changement climatique et capitalisme », donnée le 11 mars dernier, par Naomi Klein, afin d’enrichir mes idées et finalement les vôtres.

Par Camille Proulx

À l’occasion de la sortie de son nouveau livre Tout peut changer, la journaliste d’origine montréalaise, et grande militante en faveur d’égalités sociales, a accordé une conférence sous forme d’entrevue bilingue, animée par Annie Desrochers. Son livre, qui s’avère être une grande analyse du croisement des situations environnementales et économiques planétaires actuelles, a pour conclusion que le système capitaliste est responsable des changements climatiques et qu’il faut le changer pour générer un renversement de situation et entrevoir l’espoir d’un retour à l’équilibre. Son constat étant que les États entretiennent un manque de décisions pertinentes envers l’environnement, elle encourage alors la mobilisation citoyenne à l’échelle mondiale pour créer les changements nécessaires.

 

Lors de l’échange, plusieurs angles sociaux, le point de vue des amérindiens et des féministes notamment, et politiques, surtout la vision socialiste vis-à-vis la situation, ont été apportés pour aborder les changements inévitables au dogme économique. Au final, les changements nécessaires qui doivent être apportés restent flous, même dans la tête de l’analyste. Par contre, ce qui m’a davantage captivée est son admiration envers le comportement environnemental que l’Allemagne a adopté. Depuis quelques années, le gouvernement allemand a initié une grande transition énergétique ayant comme objectif d’avoir un nouveau mix énergétique en 2050 favorisant prioritairement les ressources renouvelables. Klein a louangé la décentralisation de la production énergétique et leur initiative en matière d’énergie verte. Ma réflexion après cette opinion, est qu’en prenant une position politique ferme, dans ce cas-ci la gauche à travers un combat altermondialiste, Naomi Klein et d’autres analystes sociaux se ferment à des gens dits conservateurs. Ils se privent donc de débattre, ce qui pourtant pourrait approfondir leur propre réflexion.

 

En effet, le 14 novembre dernier, le Professeur Philippe Tanguy, lors de son séminaire portant sur « La transition énergétique d’un pays » a parlé notamment de la situation énergétique de l’Allemagne. Dans le cadre des séminaires découvertes du vendredi, le Professeur Tanguy, occupant actuellement le poste de vice-président en partenariats et relations internationales dans la compagnie pétrolière TOTAL, a partagé que le virement énergétique de l’Allemagne est louable, mais n’est pas totalement rose.

 

L’Allemagne fait face à des problèmes énergétiques importants. Sa production en énergies vertes (éoliennes et panneaux photovoltaïques) et la décentralisation de la production d’électricité est une bonne chose pour générer de l’énergie à long terme, mais la hausse constante en besoins énergétiques n’est pas comblée par cette production responsable. De plus, la décision unilatérale de dénucléariser le pays après les incidents du Japon en 2011 a renforcé l’étau de l’État par rapport aux moyens accessibles pour remplir la demande croissante. Budget réduit, le gouvernement se tourne vers les pays voisins, comme la France, pour acquérir de l’énergie générée à partir du charbon, source énergétique bon marché. Le problème ne réside pas totalement dans la combustion des combustibles fossiles, il prend racine surtout par la consommation abusive. Qui va fermer sa télévision pendant que le sèche-linge fonctionne? Ou qui va arrêter sa console quand le lave-vaisselle tourne?

 

L’analyse de Klein est pertinente, par les données scientifiques solides pour appuyer son bilan et ses conclusions qui restent valides, mais peut-être ce n’est pas prioritairement le système économique qu’il faut changer, mais plutôt les habitudes de vie qu’il a octroyées aux êtres humains.




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.