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De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Pas de repos dominical pour Osheaga

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SZA. Photo © Tim Snow

Une journée à Osheaga est un exercice d’optimisation complexe. Compromis, positionnements stratégiques et déchirements sont légion, mais, au final, c’est ce qui fait du festival une expérience unique. Il s’agit donc d’un retour volontairement teinté de subjectivité qu’offre ici le Polyscope.

Le festival commence officiellement à 13 h, mais la masse festivalière aux tendances «fashionably late» ne se pointe qu’aux alentours de 16 h pour les «gros bands». Le Polyscope quant à lui, ne suivant comme tendances que celles qui font de lui le meilleur journal depuis 1967, retrouve SZA en début d’évènement pour profiter de sa voix chaude comme le soleil sur nos têtes. Les cheveux fous, dans une robe légère, en «running shoe», elle explose sur scène. Et c’est beau et c’est libre. Impossible de ne pas sourire devant le naturel dont la jeune femme est imbibée, comme une bouffée d’air qui réchauffe l’assistance comme prélude à la journée. La prestation, trop courte, se termine et le Polyscope en profite pour se sustenter, engouffrant un délicieux pita falafel au restaurant ambulant de La Panthère Verte (la publicité pour une alimentation saine et végétarienne en plein festival est purement involontaire) qui saura le maintenir en vie jusqu’aux derniers concerts de la journée.

Puis, Glass Animals, regroupement de rock indépendant en provenance d’Oxford, monte sur scène. C’est quatre grandes tiges tout droit sorties de l’âge prépubère qui enfourchent les instruments, mais lorsque Dave Bayley se met à entonner Gooey, on regrette ces premières impressions. Parce qu’on donnerait cher pour que le jeune chanteur anglais vienne plutôt nous susurrer à l’oreille son succès aux sonorités tropicales. Sylvan Esso, le duo de la Caroline du Nord, enchaîne avec sa musique pop électro. Amelia Meath à la voix et Nick Sanborn à la console se donne pour le public, il est bon de les voir se mouvoir ainsi. Sous le soleil d’après-midi, les gens planent sur des titres tels que Coffee et H.S.K.T.

Puis, l’effet de rareté attire le Polyscope vers les scènes principales pour assister à la prestation de The War On Drugs. La formation rock de Philadelphie offre au public un concert sobre, mais authentique. Les chansons Red Eyes et Under The Pressure de leur dernier album The Lost Dream produisent des vagues de douceur spontanée sur le public.

Le positionnement stratégique débute à 18h10. Il consiste à avancer le plus possible devant la scène de la Montagne pour écouter Hot Chip, un groupe anglais d’électro bigarré, afin de maximiser les chances d’être à l’avant pour le concert d’alt J. Agréablement surpris par ces artistes aux accoutrements clownesques (mention spéciale au short argenté du chanteur!), le Polyscope s’étonne à gesticuler sur leurs mélodies futuristes. En fin de concert, bien qu’il reste encore un spectacle avant le groupe tant attendu, on établit notre position en jouant du coude parmi ces centaines de festivaliers qui tente d’appliquer une stratégie similaire à celle savamment concoctée par le Polyscope. C’est donc de biais qu’on assiste à la prestation quelque peu insolite de Edward Sharpe & the Magnetic Zeroes. Alex Ebert, le chanteur extravagant du groupe, interagit avec le public, s’aventure au-delà de la zone de sécurité marquée par la fosse et accueille un homme en fauteuil roulant sur scène. Malgré ces épisodes touchants, la prestation laisse les spectateurs sur leur faim. On décroche à chaque temps mort. On aurait préféré que le groupe focalise sur la musique plutôt que sur les transitions qui s’éternisent bien souvent. Il demeure que l’interprétation de la chanson Home exécutée de façon collaborative avec l’assistance permet de clore le tout sur une note joyeuse.

Cette dernière note résonne encore que le public avide entonne déjà son appel au groupe dont le triangle (∆) est la forme préférée. Quasi instantanément, la densité s’intensifie, l’euphorie se généralise. Les quatre membres de la formation anglaise s’avancent et prennent place à égale distance côte à côte. C’est un spectacle rodé au quart de tour où chaque pièce est accueillie avec une explosion de joie émanant du public, comme si le groupe n’avait que des succès… La scénographie est magnifique, l’éclairage épuré, les effets vidéo minimalistes. Ainsi, encore envahi par le dernier concert, le Polyscope opte pour Tyler The Creator (au détriment de The Black Keys qui ne manquent pas d’admirateurs en délire) et, allongé sur la colline, écoute le rappeur californien se démener et plaisanter avec le public. Sa franchise nous fait sourire et sa musique agressive nous libère. Yonkers résonne encore dans nos entrailles qu’on quitte les lieux pour goûter aux dernières pièces de The Black Keys. Les chansons telles que Tighten Up nous font «trasher» jusqu’à la fin.

Après ces trois jours qui ont su réunir des milliers d’êtres humains, faisant trembler leurs esprits occupés, on souffle un peu sur le bord de l’eau, profitant des dernières lampées de souvenir qu’on ne veut pas laisser partir. La réalité nous rattrapera certainement lundi matin, mais, comme disait Kendrick Lamar la veille encore, «we all gon’be alright».




*Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.