Amuses-gueule légers
Entrevue avec de vieux philosophes : l’Amiral Nelson
Vendredi 19 janvier 2007, par // Numéro 14
Entrevue avec de Vieux Philosophes : C’est avec un plaisir relatif que nous accueillons aujourd’hui l’Amiral Horatio Nelson, capitaine de navire de la flotte Britannique, responsable de nombreuses victoires navales contre la flotte Française sous le règne de Napoléon.
Amiral Nelson : C’est vrai, je les ai tous vaincus. Ils se sont jetés sur moi, preux vice-amiral et commandant de la flotte à la bataille de Trafalgar, comme des célibataires au bar Le Lovers de Laval, mais je les ai terrassé comme un Longueuillois terrasse le bon goût avec ses bas bruns dans des sandales. Vous savez, la victoire est quelque chose de très subtil, un peu comme un tatouage de dragon sur le visage, sur votre grand-mère...
E.V.P. : Au fait, de quel navire êtes-vous le capitaine ? Nous savons tous que l’équipage d’un bâtiment lui est très étroitement attaché, d’où le grand nombre de noms de navires féminins…
A.N. : Je suis le fier commandant du HMS Non-Être.
E.V.P. : « Non-Être » ? La théorie que Parménide a illustrée avec sa thèse de l’Être et du Non-Être ? Pour quelle raison un tel honneur lui est-il consacré ?
A.N. : En fait, il s’agit d’une longue histoire… celle d’une soirée bien arrosée dans un port de Jamaïque pour fêter l’arrivée d’une nouvelle ration de thé. Parménide, en état d’ébriété avancé (comme à son habitude) à cause du rhum jamaïquain sans vergogne, délirait profondément et déblatérait ses inepties les plus profondes à qui voulait bien l’entendre. C’est ainsi qu’il se retrouva à exposer à une borne fontaine de Kingston que : « La première voie de recherche dit que l’Être est et qu’il n’est pas possible qu’il ne soit pas. C’est le chemin de la certitude, car elle accompagne la vérité. L’autre c’est que l’Être n’est pas et que le Non-Être est. Cette voie est un sentier étroit où l’on ne peut rien apprendre ». C’est pour lui rappeler cette humiliante soirée dont il n’a que de vagues souvenirs que j’ai baptisé mon vaisseau de ce terme.
E.V.P. : Cela semble pourtant plus une profonde citation digne de passer à l’histoire que le résultat d’un retentissant échec de la sobriété sur l’éthanol.
A.N. : Nenni. Ce sont les paroles les plus insensées qui aient jamais été prononcées ! Même les biscuits de fortune et les horoscopes ont plus de respect pour le bon sens que Parménide. Même le défunt Jean Chrétien avait davantage de respect pour la raison !
E.V.P. : Soit… Parlant de citation, on vous connaît d’ailleurs pour une de vos plus célèbres citations : « Quand l’ennemi est sur le point de commettre une erreur, il ne faut pas l’interrompre précipitamment ». Pouvez-vous nous décrire dans quel contexte ceci vous est venu à l’esprit ? Était-ce lors d’une bataille, alors que le navire ennemi c’est placé contre le vent, étant ainsi à la merci du feu de vos batteries de canon, et que vous avez donné l’ordre de souquer les amarres ?
A.N. : Pantoute. On jouait des éliminatoires de roche-papier-ciseaux avec les officiers de pont un soir qu’on s’ennuyait et mon prochain adversaire était manchot.
E.V.P. : Ah… et bien… votre adversaire a-t-il au moins tiré une leçon de son écrasante défaite ?
A.N. : En fait, c’est moi qui ai perdu. Je n’avais qu’une paire de trois, deux sept et un valet.
E.V.P. : Bon, ça y est, j’en ai ma claque de cette entrevue. Amiral Nelson, merci malgré tout d’avoir participé à notre chronique, et j’espère que maintenant vous arrêterez de me suivre la nuit dans les ruelles en me suppliant de faire une entrevue avec vous sans quoi je demande une injonction de la Cour. En plus, z’êtes même pas un philosophe, hors de ma vue !
