Pour que vive un Québec libre
Vendredi 31 mars 2006, par // Volume 39
Pour que vive le Québec libre, il faut comprendre et faire comprendre sa nécessité. Les motivations qui faisaient hurler les défenseurs de l’indépendance il y a peutêtre cinquante ans diffèrent des arguments avancés par les bouches en cul-de-poule qui servent aujourd’hui la cause dans l’arène politique. Ce n’est d’ailleurs plus au seul Parti Québécois que revient la tâche ardue de défendre ce rêve qui donnera au monde une nation québécoise, d’autres voix s’élevant un peu partout pour promouvoir la vision que de Gaulle gratifi a du slogan qui nous servit de préambule. C’est le cas des Option Citoyenne, UFP et leur cristallisation dans le Québec Solidaire. La société quant à elle semble fi gée dans sa dichotomie pour et contre, si on se prévient toutefois de considérer les aléas des jem’en- foutistes. Ces divisions sont souvent le résultat des séparations de classe et de l’environnement des individus. À ce titre, l’éducation a un rôle incontesté dans la survie de l’esprit d’indépendance.
Un cahier, destiné aux enseignants, et intitulé « Parlons de souveraineté à l’école », a été produit par le Conseil de la souveraineté du Québec (instance offi ciellement indépendante - c’est le cas de le dire - du Parti Québécois et de tout parti en général), vante les mérites de l’indépendance. Le petit feuillet a créé un tollé à l’assemblée nationale, l’ADQ et le PLQ dénonçant d’une même voix ce que ces persifleurs en butte au ridicule de leur arguments qualifi ent de scandale inacceptable aussi grossier que le scandale des commandites... Le Premier ministre Jean Charest a même enjoint André Boisclair de dénoncer vigoureusement le document. Le docile André a immédiatement rétorqué par voie de communiqué que le cahier ne serait pas obligatoire sous un gouvernement PQ, affirmant par cette réponse l’esprit calculateur qui règne parmi ces gentes pantoufles, qui confondent convictions et opportunisme carriériste.
Que l’on soit pour ou contre le contenu du document, et à plus haut titre pour ou contre l’indépendance, il n’est tout simplement pas concevable que l’école puisse ignorer le fait historique de la volonté d’indépendance qui existe au Québec. L’histoire de la nation y est aussi intimement liée que la France à sa révolution de 1789. Il n’est pas plus concevable que l’on refuse l’expression des idées sous leur forme la plus pure, à savoir en dehors de toute sacrosainte pseudo objectivité qui érode les esprits et les discours, jusqu’au plus hauts sommets de la langue de bois. Aussi, au lieu de répondre par des hurlantes et demander à cor et à cri le retrait du document, les opposants feraient peut-être mieux de polluer les étagères de nos bibliothèques d’un document analogue qui nous permettrait de séparer le grain de l’ivraie. Il n’est rien à craindre des idées quand elles demandent à être débattues. Messieurs, pondez, on collectera, la postérité jugera.
Mais le malaise du Québec dans le camp du oui et du non est dans son système ploutocratique. La finance et les puissances économiques jugulent toute énergie en investissant tout l’espace d’expression. Il suffit de choisir au hasard dans ce fouilli de palabres et de fadaises littéraires l’étalon de la médiocrité d’esprit qui envenime la politique. On en jugera par soi-même. Dans ce cahier supposément scandaleux, on peut lire que « la gouverneure générale coûte au Québec 9,5 millions de dollars, alors que dans un Québec souverain, cet argent pourrait servir à acheter plus de 600 000 romans jeunesse pour les bibliothèques scolaires. » On ne sait que choisir entre le rire exutoire et les larmes de désolation. Que peuvent jouer les 9 millions dans la balance ! Nos technocrates aveuglés plaident contre le gaspillage (pacotille) de 9 millions, alors que c’est le poste de gouverneur en soi - instance coloniale d’un autre temps - qui est condamnable, et non ce qu’il coûte. Sans quoi il suffirait de réformer les structures du Canada, et hop, l’indépendance au placard. Je vous épargne les arguments oiseux des opposants, leur palabre étant digne de leur médiocrité sacerdotale.
À l’orée de ces débats qui donnent la couleur des élections à venir, on n’a plus que ses yeux pour pleurer, et son coeur pour espérer que des hommes du calibre de René Lévesque voient le jour. On se consolera par cette formule que Pontecorvo mettait dans la bouche de Ben M’hidi, et qui dit en substance que rien ne peut arrêter le cours de l’histoire. Dont l’indépendance.
