Le porno reste plus efficace que Loft Story pour se branler

Vendredi 10 novembre 2006, par Jean Philippe Akélaguélo // Numéro 09

J’ai fait un effort. J’ai regardé Loft Story sur TQS, j’ai essayé de regarder ça sans préjugés et sans condescendance. Malheureusement (pour moi ?) je suis tombé sur les réflexions profondes de gravures de modes à propos d’une patate ! Je pensais que c’était une blague, un interlude, que sais-je, donc je me suis replongé dans la minimisation des coûts totaux de transport de camions bennes dans une ville fictive (ouf !). Vingt minutes plus tard, et frustrations après frustrations je retourne à mes « lofteurs » (locataires n’étant pas assez « in ») pour retomber en plein mélodrame sur notre chère amie la patate ! Alors j’ai abandonné, mais je ne suis pas assez avancé intellectuellement pour soutenir les réflexions de ces individus sur la patate perdue.

Changement de décor.

Radio- Canada nous apprenait que la ville de Montréal dépensait jusqu’à 900 000 $ pour la chasse aux graffitis. Je ne sais pas si vous avez déjà fait un tour dans les gares de triages ou traversé des voies ferrées, mais ce sont souvent à ces endroits que de talentueux graffiteurs « exposent » leurs « toiles ». Ce sont souvent des chef d’œuvres graphiques qui en plus transportent un message fort. Un message que les élus montréalais n’entendent pas. En effet, outre la beauté graphique, ces tags sont devenus des composantes essentielles des grandes métropoles, et sont la voix d’une proportion non négligeable de la population. Malheureusement, ce n’est pas cette proportion qui vote, qui finance ou qui supporte les élus municipaux. Pour avoir le droit d’exister, il faudrait que cet art soit accepté par une intelligentsia composée de vieux bornés.

Encore secoué par cette quasi-dictature de « vieux » je me suis engouffré dans le métro, et c’est alors que j’aperçois une publicité du célèbre film « Saw 3 » où l’on aperçoit une bouche édentée. Il est assez évident que la personne s’est fait arracher les dents sur ces publicités. Et que ce soit dans les journaux, où on n’aime tant donner son opinion sur tout, dans les tribunes téléphoniques, dans les conversations… jamais je n’ai entendu la moindre critique de cette publicité. Pourtant lorsque le Polyscope avait publié un article avec la poitrine d’une femme dénudée, notre très chère (si si !) rédac’en chef a reçu plusieurs protestations de personnes qui étaient choquées. Ou alors on pourrait aussi parler de ces « viewers’ discretion is advised » devant tous les films où l’on voit un bout de peau. Donc d’afficher de manière aussi crue et visible (métro, bus…) une scène d’une violence difficilement quantifiable est moins grave que de montrer les attributs corporels d’une femme.

Personnellement, je préférerais que mon gosse fasse des tags sur ma porte de garage ou regarde des films érotiques plutôt que de s’avachir devant Loft Story et la patate perdue, ou qu’il soit apostrophé par une publicité agressante et agressive comme celle de Saw. Je préfère qu’il s’exprime ou qu’il découvre le corps des femmes à travers un film érotique, plutôt qu’il s’excite sur une patate perdue ou sur la violence brute et gratuite, le mal pour le mal. Mais dans une société puritaine, où l’âge est garant de sagesse et de pouvoir, les autres visions n’ont pas de place. Tout ce qu’ils nous demandent comme le disaient les jeunes Français en mai 68 (devenu maintenant de vieux cons), c’est : Sois jeune et tais-toi !

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