Édito

Saint-Valentin

Vendredi 13 février 2004, par Guillaume Pichenot // Volume 37

C’est l’époque pour les cyniques ou les jaloux de dire que peu importe les sentiments, le plus important en ces temps est de vendre de l’amour comme on vend des roses. Je résisterai pour une fois aux cyniques, je veux défendre la Saint-Valentin. Je verse volontiers dans les discours amoureux. Les parjures des amoureux, dit-on, font rire Jupiter. Laissons le rire, et écoutons l’écho ici-bas. On ne rit pas impunément des amoureux d’aujourd’hui.

Comme il doit être sinistre aux oreilles des amoureux perdus, le rire de cette étoile que l’on croyait bonne. Comme elle doit paraître excquise pour d’autres, cette journée où l’on entend le vent porter là où bon lui semble les murmures des amants, ces chuchotements faits pour être glissés au creux d’une oreille aimée et s’éteindre presque aussitôt dans le secret des nuits.

Jupiter peut bien rire ! Qui a besoin du jour pour aimer ? Si l’amour est aveugle, il ne s’en accorde que mieux avec la nuit.

C’est ainsi fait... à mettre en exergue le sentiment amoureux partout, on le sent à fleur de peau, tout autour.

Ou peut-être est-ce juste mon imagination, qui me fait voir partout le clair-obscur que jette chaque couple sur son passage. Peu m’importe, l’espace d’une journée, être amoureux est à la mode, et toute âme sœur se sent confiée l’amoureux devoir de fêter son amour. Un peu comme s’il fallait une permission pour offrir la fleur rouge, ou une convention pour dire les mots bleus.

Jupiter peut bien rire de moi ! Quels amants ont besoin d’un permis pour s’aimer ? Pour faire leurs amoureux devoirs, les amants y voient assez bien à la seule lueur de leur beauté.

Tout cela n’a rien de neuf, l’amour a quelque peu ses rites universels. Depuis longtemps. Ce sont les amoureux qui font leurs codes personnels. Et puis il reste toujours les originaux qui refusent l’engouement peu naturel pour les je t’aime synchronisés. Sûrement ont-ils raison : à fêter l’amour, l’amour y perd. Quelle spontanéité, quelle créativité quelle personnalité dans une Saint-Valentin ? Un jour spécial pour tout le monde n’est particulier pour personne.

Moi je pense que l’original se trompe. Qui veut célébrer la Saint-Valentin ? Je n’en connaît que des qui fêtent leur(e) Valentin(e). Il n’y a aucune impersonnalité à fêter son amour, celui qu’on a bâti soi même.

Ceux qui voudront pourront me croire victime du consumérisme. Que font les critiques à l’homme amoureux ? Elle est un peu là, dans cet égoïsme profond, la limite à ce jour. Ceux qui le fêtent ne savent que trop bien se mettre à part de ceux qui ne le feront pas. Jupiter peut bien rire de moi ! Quel amoureux a besoin des étoiles ? j’ai auprès de moi une lumière plus douce et plus brillante encore. Je prends toutes les critiques des sceptiques et les échange pour ces yeux bruns légèrement en amande qui m’ont fait oublier que le reste existe.

Un petit merci à Shakespeare et Hugo, oncle et neveu.