Soyons solidaire

édito

Dimanche 26 février 2012, par Francis Lepage // Numéro 17

Le 1er mars prochain, l’Association des étudiants de Polytechnique (AEP) vous invite à vous prononcer sur une potentielle levée de cours à l’occasion de la manifestation nationale contre la hausse des frais de scolarité du 22 mars. À cette occasion, vous pourrez décider si vous êtes favorable à suspendre les cours l’espace d’une journée pour permettre au plus grand nombre possible de polytechniciens de ce joindre à ce qui pourrait bien être la plus grande manifestation organisée durant l’actuel mouvement de protestation.

Avant de vous expliquer ma position (déjà trahie, j’en ai peur, par le titre de cet article) mettons quelque chose au clair : une levée de cours n’a rien d’une grève. Tout d’abord, passons l’évidence : la levée de cours ne dure qu’une journée. Cette affi rmation peut sembler enfantine, mais je sais d’expérience que lors de ce genre de votes, le bouche à oreille et la désinformation vont bon train et certaines personnes arrivent en AG convaincues qu’ils vont voter sur l’avenir du programme nucléaire ontarien ou sur la prochaine candidate mise en danger pour sa faible performance lors du gala du dimanche passé. Blague à part, je vous en conjure, si vous voyez un pauvre étudiant terrifi é persuadé que la Poly veut se joindre au mouvement de grève, remettez avec gentillesse et fermeté les pendules à l’heure et expliquez-lui à votre tour qu’une levée de cours, ce n’est pas une grève !

Le but de la levée de cours n’est pas d’utiliser l’arrêt des activités ou la paralysie de l’école comme un moyen de pression, c’est de permettre à tous de manifester sans craindre de manquer un cours important ou une évaluation. Peu importe donc, si vous êtes pour ou non contre le principe de grève générale illimitée. Il est ici question d’une manifestation nationale qui aura certainement, considérant l’actuelle couverture médiatique du mouvement étudiant et celle de la manifestation du 10 novembre dernier (qui avait attiré près de 20 000 étudiants), un impact important sur l’opinion publique.

Un retour sur la hausse…

Peut-être certains d’entre vous débarquez directement d’une nouvelle planète (ou de trois mois ininterrompus de 9gag), revenons donc un instant sur l’origine de ce mouvement de protestation étudiante. À l’heure où j’écris ces lignes, plus de 35 000 étudiants sont déjà en grève pour protester contre la hausse des frais de scolarité de 1625 $ par année annoncée par le gouvernement Charest. Les défenseurs de la hausse nous ressortent les même vieux arguments  : selon eux, les étudiants doivent payer leur juste part… équivalente aux frais de scolarité de 1968, les plus élevés de l’histoire du Québec, bien supérieurs à ceux payés par les générations précédentes durant les années 70 et 80, et bien supérieurs, du mêmes coup, à ceux payés par les défenseurs de la hausse (un ou deux croûtons libéraux mis à part) qui crient à l’égalité et à la justice. On tente aussi de nous faire croire que les frais actuels sont les fruits d’un laxisme monumental, que le gel n’a été qu’un oubli, une erreur de parcours dans la marche naturelle des choses. « Les étudiants ne devraient pas chialer, disent-ils, ces frais ont été gelés pendants des années il est bien le temps qu’ils augmentent !  » Eh bien non, mes chers ! Le gel n’est pas un oubli, ce n’est pas de la lâcheté. Oui oui, les étudiants sont conscients de l’existence de l’infl ation et nous savons très bien que des frais gelés diminuent… c’est d’ailleurs là l’intérêt. Lorsque la politique du gel des droits de scolarité a été mise en place à la fi n des années 60, c’était justement pour assurer la diminution progressive des frais de scolarité et la démocratisation de l’éducation supérieure. Je suis fatigué de ses commentateurs qui affi rment que la hausse est logique et naturelle : elle va à l’encontre des valeurs dont s’est doté le Québec en éducation à la suite de la Révolution tranquille. La hausse n’est pas un retour de pendule, une action méritée et inévitable : mais bien un changement idéologique profond de notre système d’éducation.

La hausse n’est pas non plus nécessaire pour le bon fonctionnement de nos universités comme aimeraient nous le faire croire nos bons recteurs québécois. Les universités ne sont pas sous-fi nancées, elles sont mal fi nancées. En fait, les universités québécoise reçoivent autant d’argent que leurs consoeurs canadiennes. Toutefois, la part de ces sommes accordée au fonctionnement des institutions est moins élevée, au profi t de budgets records en recherche et de gestionnaires grassement rémunérés… Peut-être y a-t-il là une piste de solution. Que dire aussi des publicités universitaires qui envahissent l’espace public depuis la réforme du fi nancement universitaire de François Legault. Est-ce pour couvrir les marches du métro de publicités géantes de l’UQUAM qu’on s’attend à ce que l’on paye plus cher nos études ? Les arguments contre la hausse ne manquent pas, j’en ai déjà discuté en ces pages la session passée. Pour plus d’information et pour découvrir comment la hausse nuira à l’accès aux études et à la santé fi nancière des étudiants, visitez les sites 1625canepassepas.ca de la FECQ/FEUQ et le www.bloquonslahausse. com de la CLASSE.

Poly doit sortir en masse le 22 mars La session passée, les étudiants de Poly se sont positionnés en majorité contre la hausse. Il est maintenant temps de passer des paroles à l’acte et de montrer que nous sommes solidaires avec le mouvement étudiant. La Poly n’a pas une histoire particulièrement revendicatrice et c’est pourquoi une levée de cours le 22 mars aurait un impact particulier : il est temps de faire mentir les démagogues qui affi rment que l’opposition à la hausse n’est l’affaire que des étudiants de sciences humaines.

C’est aussi l’occasion de montrer notre appui aux milliers d’étudiants qui ont le courage de défendre leurs idéaux et qui débraient actuellement, au risque de prolonger leur session et de gruger dans de précieuses vacances. Ceux qui les accusent de faire la grève par lâcheté font preuve d’une hypocrisie impressionnante : la protestation n’est jamais la solution la plus facile et la grève n’est pas un choix sans conséquences. Le 1er mars sera donc l’occasion pour les polytechniciens de faire preuve du même courage et de montrer que nous pouvons nous passer d’une seule journée de cours pour êtres solidaires avec ceux qui se sacrifi ent pour l’avenir d’une éducation accessible et de qualité

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