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  • Lorsqu’on va voir un opéra de Johann Strauss, on attend toujours deux éléments standards d’une telle représentation: l’époque et un language non familier. À moins d’avoir étudié la pièce, le contexte historique et l’allemand, le spectateur d’opéra non préparé risque très fortement de rapidement perdre le fil des évènements qui se déroulent devant ses yeux. Après une demi-heure d’incompréhension, l’état d’esprit se transforme en ennui. Trente minutes plus tard, l’ennui se métamorphose une dernière fois: la frustration apparait et une envie explosive de quitter la salle devient insoutenable.

    Le 26 Janvier dernier, l’Opéra de Montréal a présenté une curieuse version de l’Opérette « Die Fledermaus » (la chauve-souris) de Johann Strauss fils qui semblait atténuer ces risques psychologiques temporaires. Grâce à quelques quelques modifications mises à l’avant par le metteur en scène, les non initiés étaient à l’abris des dangers habituels de l’opéra. La version de la célèbre oeuvre viennoise était difficile à reconnaître.

    Le metteur en scène modula le premier élément distinctif d’une opéra de Strauss, c’est-à-dire l’époque. À l’ouverture du rideau, au lieu d’être transporté en Europe de l’est, le spectateur s’est retrouvé face à face avec le décor d’un luxueux appartement Montréalais des années 30. À l’arrière de la scène se trouvait un grand balcon où on pouvait voir au loin un symbole familier aux Montréalais: la croix éclairée du Mont-Royal dans la nuit. Quel étrange décor pour un opera de Strauss! À ce moment, dans la foule, de nombreuses têtes se sont tournées les unes vers les autres pour exprimer le choc du moment. Les reactions en réponse aux modifications apportées à l’opéra se multiplièrent de façon exponentielle suivant la progression de la pièce.

    La pièce commença avec Gabriel von Eiseinstein, interprété par le ténor québécois Marc Hervieux, qui légèrement vêtu d’une robe de chambre, entra dans le salon de son appartement montréalais. Ce personnage est le point focal de l’opérette. L’histoire a comme origine une soirée arrosée passée avec l’ami de Eiseinstein, le notaire Dr. Falke. En fin de nuit, après un bal costumé, les deux amis bien ivres rentraient chez eux. Le Dr. Falke, qui s’était déguisé en chauve-souris pour la fête, avait trop bu et avait de la misère à se tenir debout. Eiseinstein le prît autour du coup afin de l’aider à rentrer chez lui. Une fois rendu au milieu de la ville, étant un peu ivre lui même, Eiseinstein eut une idée fantastique: laisser son ami dormir sur un banc au beau milieu du centre-ville déguisé en chauve-souris afin qu’il subisse l’humiliation du lever du soleil.

    Le lendemain, le Dr. Falke, notaire éminent, eut à subir l’humiliation de rentrer chez lui déguisé en chauve-souris à la lumière du jour. Il eût l’air ridicule et tout le monde rît de lui.

    À ce moment là, Falke se promit de ne pas se reposer avant que sa vengeance soit réalisée. Pour faire ceci, il inventa un complot dans lequel il organisa une collision sociale explosive entre Eiseinstein, son épouse et leur femme de ménage. Eiseinstein était un coureur de jupons et avait un faible pour son employée. Falke était au courant de ceci et décida d’exploiter cette faiblesse pour se venger: il invita le triangle embrumé au bal masqué du prince Orlofsky. Avec la face dissimulée par un masque, toute pudeur fondrait chez Eiseinstein. Sa femme le prendrait en flagrant délit!

    Le deuxième élément dont on s’attend d’un opéra de Strauss, la langue, a aussi été modifiée par le metteur en scène. Au lieu du libretto allemand original, tout le texte fût traduit en français. Ceci éliminait la nécéssité d’une préparation historique et linguistique avant la représentation. De plus, les paresseux qui ne voulaient pas tenter de déchiffrer le sens du texte chanté étaient doublement épagnés: deux écrans géants où déferlaient des sous-titres en anglais et en français étaient installés au-dessus de la scène.

    Les deux simplifications, l’une historique et l’autre linguistique, simplifièrement grandement la soirée pour la foule. Finalement, la soirée fantastique se termina avec une interprétation de la désormais célèbre danse « Gangnam style ». Tous les naufragés de l’opéra ont été secourus.

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    Opéra de Montréal, 2013
    Crédit photo: Yves Renaud, 2013

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