Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Le Viaduc de Millau

Aucun champ n'est obligatoire



  • Bonjour à tous ! Après m’être absenté deux semaines, je vous reviens avec un sujet bien de notre époque. Je vais vous parler du chantier du plus haut viaduc autoroutier du monde, qui se construit actuellement dans le Sud de la France, à Millau. Si cet ouvrage d’art ne peut être considéré au même titre que les grands monuments historiques, il n’en demeure pas moins qu’il sera appelé à devenir un symbole de la réussite et de l’excellence du génie civil français.

    Depuis bien longtemps, à chaque retour de l’été, les Français descendent vers le Sud prendre quelques jours de vacances. Seulement, le centre de la France est occupé par le massif Central, qui est une chaîne de montagnes de taille moyenne (englobant les départements du Puy de Dôme, de la Haute Loire, du Cantal, et de la Lozère entre autres). C’est une région où il y a très peu de population, peu de grandes villes et qui est restée à l’écart des développements et de l’industrialisation. Pour se rendre vers les villes du Sud, il faut donc contourner cette région, parfois austère mais très belle à qui sait l’apprécier, par l’Est en empruntant le couloir rhodanien ou par l’Ouest en traversant les régions du Périgord et de l’Aquitaine. Il n’y a donc pas de route qui descend de Paris directement vers les régions méridionales. Le nombre grandissant de vacanciers a créé au fil des ans des problèmes d’embouteillage et de régulation de la circulation de plus en plus difficiles à résoudre et de plus en plus complexes. Il a donc été décidé, à la fin des années 1990, de désenclaver la région du massif Central en construisant une autoroute (A75) qui le traverserait en droite ligne, passant par Clermont-Ferrand et rejoignant Béziers et Montpellier, établissant ainsi un troisième couloir de circulation parallèle aux deux autres que je viens de citer. La plupart des travaux ont été assez rapidement accomplis, mais quelques kilomètres autour de la ville de Millau sont restés, longtemps, plus à l’état de projet qu’en chantier. Les usagers de l’autoroute devaient donc, l’espace de quelques kilomètres, traverser la petite ville complètement congestionnée pour passer d’un tronçon à l’autre.

    Obstacles et défis

    C’est qu’un problème technique de taille faisait systématiquement obstruction : le franchissement de la vallée du Tarn en plus du relief qui présente dans cette région des dénivellations de plusieurs centaines de mètres, un peu comme les Laurentides. Finalement, après de nombreux projets et de longues discussions, le tracé de la nouvelle autoroute est fixé définitivement. Celui ci est parsemé d’ouvrages d’art destinés à faire disparaître les contraintes du relief. Mais le franchissement de la vallée du Tarn à proximité de la petite ville de Millau est le passage qui va demander rien moins que de construire un viaduc de trois kilomètres de long et dont le tablier sera perché à plus de 250 mètres du sol en son milieu !

    Début des travaux

    En octobre 2001, les premières activités commencent par l’aménagement du chantier, mais la pose de la première pierre par le ministre des transports, Monsieur Jean-Claude Gayssot, véritable symbole du départ des travaux, ne sera effectuée que le 14 décembre suivant. Les travaux seront terminés, si tout se passe bien, au mois de janvier 2005. Toute l’année 2002 a été consacrée principalement à la construction des piles en béton à haute performance. Celles-ci sont très espacées, car le tablier sera également maintenu par câbles, faisant ainsi entrer le viaduc dans la catégorie des ponts suspendus.

    Premier record

    Le 12 juin 2002, la plus haute pile du pont dépassait la hauteur de 180 mètres, ce qui est la dimension du viaduc de Kochertal en Allemagne, ancien détenteur du record du monde. L’élévation de la pile colossale (P2) est arrivée à son terme le 23 octobre dernier avec une hauteur de 245 mètres. Elle est maintenant prête à recevoir le tablier large de 32 mètres et la partie supérieure de la pile qui soutiendra les haubans, faisant culminer finalement l’ensemble à la hauteur vertigineuse de 343 mètres. Ces chiffres ne semblent pas dire grand-chose, mais on peut s’imaginer un pont traversant tout le centre-ville de Montréal et dont la voie de passage serait située à plus de cinquante mètres au dessus des plus grands immeubles !

    Ouvrage et oeuvre

    Le chantier divisé en plusieurs lots, un pour chacune des sept piles dont la plus petite atteint tout de même 77 mètres de haut, est réalisé par l’entreprise Effage tandis que c’est l’architecte britannique Sir Norma Foster qui a conçu l’esthétique de l’ouvrage. La construction de chacune des piles suit un processus identique : on opère au moyen de deux équipes travaillant entre 7 et 14 heures puis de 14 à 21 heures. Le béton est hissé au moyen de gigantesques grues jusqu’en haut des piles par des bennes dont le volume est de 3 m3, ce qui fait environ 7,5 tonnes de béton. Les coffrages métalliques auto grimpants montent vers le ciel par intervalles de quatre mètres, mais à chaque fois de manière différente : la pile avait une surface porteuse à la base de près de 200 m2 pour terminer avec à peine 30 m2 au sommet !

    Outil et symbole

    Si le chantier continue à avancer dans les délais, les premiers automobilistes pourront emprunter ce vertigineux viaduc dès le 10 janvier 2005. Le coût total des opérations aura été de 370 millions de dollars US et sera progressivement amorti par un péage. Déjà, les portions centrales du tablier métallique sont mises en place à l’heure où j’écris cette phrase, permettant ainsi de découvrir la silhouette du pont, extrêmement fine. Elle paraît frêle, vu d’en bas, mais le tablier est épais de quatre mètres et l’ensemble conçu pour pouvoir résister à des vents allants jusqu’à 230 kilomètres à l’heure… Le viaduc de Millau sera un véritable trésor pour la France, car en plus de réaliser la re-dynamisation de ses régions centrales, il va constituer une référence en matière d’innovation technologique et un témoin grandiose du savoir-faire d’une époque et d’une nation.

    En passant, si certains d’entre vous sont intéressés par la construction de cet ouvrage pharaonique, en voici le site officiel.

    Articles similaires

    Château de Neuschwanstein

    18 mars 2004

    Cette semaine, retournons en Bavière visiter un autre château du Roi Louis II : Neuschwanstein. La session passée, nous avions parlé d'Herrenchiemsee, copie de Versailles, déployant les fastes et les ors du grand siècle français. Aujourd'hui, c'est dans une toute autre époque que nous allons aller : le Moyen-Âge. Mais, comme Herrenchiemsee qui est une image idéalisée de la cour de Louis XIV, Neuschwanstein est aussi un reflet embelli et mythifié de l'époque moyenâgeuse....

    Palais de Stocholm

    13 février 2004

    Bonjour à vous tous ! En ces temps de neige, j'ai décidé de vous faire visiter le palais royal de Stockholm en Suède. Cette ville, capitale du pays est située entre la mer Baltique et le lac Mälar, faisant face à un archipel composé de nombreuses îles. Le palais est précisément situé entre la mer et le lac. Son style baroque du XVIIIème siècle ne doit cependant pas faire oublier qu'il est vieux de...

    Le palais du Louvre

    6 février 2004

    La semaine dernière, nous avons retracé l'histoire du Louvre durant tout l'ancien régime, jusqu'en 1789. C'est à cette date qu'il cesse d'être uniquement le centre du pouvoir royal… La révolution va transformer le palais en musée de la nation. Napoléon Ier va d'ailleurs s'ingénier à le remplir consciencieusement d'œuvres provenant de ses multiples campagnes, dont nous ne citerons ici que celle d'Egypte. Sous le premier empire (1804-1815), la partie Ouest du complexe (les Tuileries)...




    *Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

    Le Polyscope en PDF+

    Dans la même catégorie

    Diffamation ?

    14 novembre 2003

    Avis de tempête sur la presse étrangère au Royaume-Uni. Cyclone déclenché de quelques ronds dans l'eau repris à grand fracas de scandale à tous les niveaux de la presse. Si vous n'avez pas suivi ce morceau d'actualité brulante et trépidante de ce siècle, laissez-moi en dire quelques mots. C'est l'histoire d'une entrevue accordée par un serviteur des Windsor à un quotidien anglais, relatant de prétendues « relations inappropriés » d'une tête couronnée avec un...

    Marc Tremblay

    14 novembre 2003

    Marc Tremblay a gradué en 1995 en génie mécanique. Il a par la suite fait une maîtrise en simulation de la combustion, au Département de génie mécanique. Depuis 5 ans, il travaille pour la compagnie CAE et s'apprête à effectuer un contrat d'une durée d'un an en Chine auprès de la compagnie China Eastern Airlines En quoi consiste ton travail ? Depuis 3 ans, je suis spécialiste d'intégration, j'intègre tous les systèmes du simulateur...

    28 septembre : Ma 3e semaine

    28 septembre 2003

    Pour cette troisième Chronique de mon mandat, voici, en rafale, quelques points marquants de ma semaine. Ma déception de la semaine : Dans le cadre du cours d'Éthique pour ingénieur donné à Poly, l'étudiant doit faire un travail sur un sujet de son choix ayant la forme suivante : «Est-il éthiquement défendable de...?». Je ne suis pas ce cours présentement (j'ai déjà donné) mais l'ami d'un ami a eu une idée géniale pour remplacer...

    Aucun champ n'est obligatoire