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Au diable le bon sens

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    La députée Iqra Khalid © Toronto Star

    La colline parlementaire a été secouée ces derniers jours par un débat qui a pris des proportions de raz-de-marée, tandis qu’il n’aurait pas dû dépasser la hauteur d’une vaguelette. La genèse de la controverse réside dans la proposition d’adoption d’une motion visant à condamner l’islamophobie et « toutes les formes de racisme et de discrimination religieuse systémique », pour reprendre les termes exacts présentés dans la motion. Cette dernière, identifiée M-103, a été soumise par Iqra Khalid, la députée de Mississauga—Erin Mills en Ontario. D’origine pakistanaise et de confession musulmane, la politicienne libérale s’est basée sur une pétition en ligne pour échafauder son projet. Elle a cru bon que les parlementaires prennent position sur la question de l’islamophobie et a proposé la création d’un comité qui aurait comme mandat de mener une étude sur les moyens que devrait employer le gouvernement pour éradiquer cette problématique. La motion avait été déposée en décembre, mais ce n’est qu’il y a trois semaines que les joutes verbales ont été entamées à Ottawa, coïncidant quasiment parfaitement avec l’attaque survenue au centre culturel islamique de Québec.

    De premier abord, on pourrait penser qu’il s’agit d’une initiative qui mériterait louanges et support. Cependant, elle a su s’attirer un grand lot de détracteurs. Les députés conservateurs et bloquistes se sont unis pour vociférer à l’outrance à la liberté d’expression. Ceux qui sont contre la motion clament qu’elle nuirait aux personnes qui désireraient critiquer ou remettre en question certains aspects de l’islam. Même la députée libérale Fatima Houda-Pépin a dit qu’elle pense que l’adoption d’une telle motion pourrait mettre en sécurité les groupes islamistes présents en territoire canadien. Cependant, il faut garder en tête que ce texte n’a aucune portée légale et ne correspond donc pas à une loi. Ainsi, personne ne peut se faire emprisonner même si des propos haineux et inacceptables sont transmis.

    Une motion similaire avait été adoptée à l’Assemblée nationale du Québec en octobre 2015. Cependant, à l’époque elle n’avait pas créé les remous sur les scènes politique et sociale dont nous sommes actuellement témoins. Elle ciblait particulièrement la propagation des discours islamophobes sur les réseaux sociaux et avait été proposée par la députée de Québec solidaire Françoise David.

    Le texte de la motion incluait le passage : « Que l’Assemblée nationale affirme que les Québécoises et les Québécois de confession musulmane sont des citoyens à part entière et que cette Assemblée condamne sans réserve les appels à la haine et à la violence contre tous les citoyens du Québec. » Tandis que cet énoncé semble cultiver le respect d’autrui et propager des valeurs qui ne sont en aucun cas assimilables à la négativité, certains députés ont jugé bon s’opposer à la spécification de la motion que vise seulement la religion musulmane. La députée de Gouin a répondu à ces critiques en mettant de l’avant le fait que : « de la même façon qu’à d’autres moments, cette Chambre a condamné, par exemple, des gestes antisémites, de la même façon nous devons être capables, dans cette Chambre, de condamner des paroles ou des gestes islamophobes ».

    La même logique devrait être utilisée en ce qui a trait à la motion M-103. Apparemment, elle ne l’est pas.

    Là où la situation prend des proportions beaucoup trop imposantes, c’est lorsque sont organisées des manifestations pour dénoncer ou appuyer le projet. À Sherbrooke, deux manifestations opposées ont pris d’assaut les rues de la ville. L’une, organisée par la Coalition canadienne des citoyens préoccupés, un regroupement d’extrême droite qui lutte notamment contre la soi-disant instauration des lois musulmanes dans le pays, visait à démontrer qu’ils luttent pour la protection de leur liberté d’expression quant à ce qu’ils peuvent dire sur l’islam. L’autre, organisée par des élèves du cégep de Sherbrooke et qui s’est vue affublée du très évocateur nom « Unissons-nous contre l’extrême droite islamophobe à Sherbrooke », visait à leur rendre la pareille. D’autres manifestations ont été organisées à Québec et Montréal.

    Tout le tumulte provoqué par l’adoption de la motion M-103 prouve que certains concepts élémentaires concernant la liberté de culte et le respect de celui-ci ne sont pas encore bien enracinés dans la politique canadienne. Mettons à meilleur escient cette énergie consommée pour débattre d’un sujet qui devrait être intrinsèque à la vie communautaire, de surcroit dans un pays qui se veut être bâti sur les fondements du métissage culturel. Utilisons ce temps, ces discours et ces tribunes pour s’investir dans des projets rassembleurs, plutôt que de tergiverser par rapport à une motion qui ne se veut que bénéfique.




    *Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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