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Comprendre l’esprit FabLab

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    Qu’est-ce qu’un FabLab ?

    Un FabLab est un tiers-lieu numérique, c’est assez vague mais en deux mots cela peut résumer de façon simpliste la conception que l’on se fait du lieu. Premièrement, il s’agit justement d’un lieu de conception, numérique, avec nécessairement machines pour usiner. La conception assistée par ordinateur est ici reine : les machines doivent être préférablement  pour garantir leur autonomie d’usage à leurs utilisateur. D’ailleurs quels sont-ils ? Nous rentrons ici dans le concept de tiers-lieu : normalement toute personne peut utiliser des machines d’un FabLab sous certaines conditions.

    Certaines conditions, c’est à dire tout d’abord une cotisation financière. Déterminée par les tenanciers du lieu, elle permet de faire vivre le lieu. Oui car, acheter des machines au sommet de l’état de l’art peut se révéler fort coûteux. Intégrons de plus les frais de maintenance et vous aurez le tout. Je reviendrai plus tard sur les modèles de financement possibles pour rendre la structure viable. De même des conditions normatives existent : vous comprendrez bien qu’une fraiseuse trois axes, un tour numérique ou bien une découpeuse laser peuvent être potentiellement dangereux pour le novice non-formé.

    Les Fablab sont donc en somme des ateliers de prototypage ouverts à tous. Il n’ont pas vocation à faire de la production industrielle de pièce mais la prétention d’aider les inventeurs à rendre matérielles leurs inventions. Pour ce faire, on crée un espace où des machines, bien trop onéreuses pour être acquises par des tiers, sont mises à disposition de chacun pour prototyper.

     

    D’où viennent les FabLab ?

    Le concept de FabLab (Fabrication Laboratory) est apparu à la fin des années quatre-vingt-dix au Massachusetts Institute of Technology, plus précisément pensé par le professeur Neil Gershenfeld. Le FabLab est théorisé ainsi, une charte écrite au MIT est sensée être ratifiée et appliquée par l’institution se présentant comme FabLab.

    Ainsi, le FabLab s’inscrit dans les grandes lignes de la «culture maker». La création d’objets à l’aide de machines d’usinage fait partie intégrante de cette dernière mais ce qui différencie cet esprit d’un banal atelier de fabrication c’est l’esprit dit de la «culture libre». Des licences libres sont donc normalement une condition nécessaire à l’établissement d’un FabLab. Malheureusement, en pratique ce n’est pas aisé de s’y conformer entièrement.

    La «culture Open»… un idéal ou une réalité ?

    Tout d’abord, pourquoi utiliser des logiciels libre de droit ? Cela est dû principalement à l’essor des licences Creative Commons. Normalement, une licence libre comporte a priori les droits d’utilisation, de copie, d’étude, de modification et de redistribution. Mais parfois, on peut être confrontés à certaines réticences de personnes tenant à leur propriété intellectuelle. Généralement, dans l’esprit FabLab, une personne doit laisser les plans de sa création à la société mais si nous prenons, par exemple, le cas d’un chercheur devant prototyper une invention révolutionnaire, comment peut-il accepter de laisser ses plans gratuitement ? Évidemment, il faut des compromis et le monde des “makers” est généralement souple sur une application stricte de la charte.

    D’un autre côté, certaines machines sont livrées avec du matériel informatique propriétaire ou tout simplement des logiciels propriétaires qui se révèlent être difficilement substituable. Par exemple, combien d’étudiants savent aujourd’hui se passer du pack Office, qui est une suite propriétaire. Et je ne parle même pas d’un célèbre logiciel de retouche d’image qui est lui-même devenu un environnement dont la maîtrise est valorisée en soi. Extrapolons le problème aux logiciels de conception assistée par ordinateur et vous saisirez à peu près l’ampleur du problème des licences libre auquel se confronte le FabLab.

    Un tiers-lieu où la moitié des tiers créent.

    Chaque FabLab est doté évidemment d’un esprit qui est le sien. En foi de quoi, chacun décide de comment les membres créent. Généralement, on devient théoriquement membres dès la cotisation encaissée et la ratification du règlement intérieur. D’ailleurs généralement deux catégories de membres existent :

     

    • Les usagers : ces derniers peuvent utiliser les machines sous réserve d’avoir été formés à les utiliser. Ils paient généralement le consommable, par exemple le fil des imprimantes 3D, au besoin de l’impression qu’ils veulent effectuer. Les usagers,  bien souvent, sont des gens ayant un ou plusieurs projets à accomplir, ne sont présents que de manière sporadique dans les locaux. Souvent, les FabLab se targuent d’avoir plus de 200 membres alors qu’ils n’ont qu’une surface de cent mètres carrés, inutile de chercher les membres dans une autre pièce, l’explication est là.
    • Les encadrants : ces derniers sont les experts des machines, ces derniers forment les usagers et veillent au bon fonctionnement d’un FabLab. Ils doivent également faire appliquer le règlement ce qui n’est pas de tout repos, par exemple, des gens croyant se servir d’une découpeuse laser pourraient être tenté de découper du PVC. Rien de choquant, me diriez-vous, sauf que le PVC, peut dégager si il est fondu rapidement du dichlore, un gaz tristement connu pour être mortel. Donc leur implication est nécessaire dans le quotidien d’un FabLab.

     

    Normes de sécurité et créativité

    Les normes de sécurité doivent être drastiques, une formation SST est souvent dispensée par les membres, pour citer des exemples, le FabLab de Polytechnique Montréal est aidé par le service SST de l’institution pour l’élaboration des formations. Il est vrai qu’il s’agit d’un casse-tête d’imposer des normes adéquates à un lieu où des prototypes peuvent être encore en réglage et donc peuvent parfois avoir quelques défaillances. Un juste milieu est à trouver, il ne faut pas un règlement intérieur qui détruit toutes les initiatives mais il faut cependant respecter les règles normatives des espaces publics, ainsi est le dilemme des encadrants. Pour rajouter un peu de complexité à cela, le FabLab est censé respecter là encore la charte du MIT. Pour ainsi dire, pour un nouveau FabLab, la rédaction d’un nouveau règlement est généralement source de tracas. Ce dernier est nécessaire pour rendre public le lieu, les machines ne peuvent être laissées en libre accès si il est inexistant.

     

    Modèle économique

    Idéalement un FabLab devrait être auto-suffisant financièrement d’après la charte. Mais, bien souvent, des organismes publics ou privés subventionnent les FabLabs car le mouvement est vecteur d’une conception neuve de la technique. Par conséquent, il est très bien vu de la société entreprenante et des organismes locaux pour leurs fins communicationnelles.

    Certains FabLabs, dont le FabLab auquel j’appartenais -le FabLab Marseille-, ont recours à des prestations faites par leurs membres. Ces dernières sont fournies par les membres de l’équipe bénévolement et sont facturées pour le compte du FabLab. Du point de vue de la charte des FabLabs, ce n’est pas dans l’esprit, en théorie, l’usager doit faire lui même sa création après formation. Mais ce choix peut se justifier par l’aversion de l’usager à apprendre de se servir de machines complexes tout cela pour imprimer, découper ou plier une pièce uniquement. Mais, souvent, le fait de venir faire une pièce mène à discuter avec d’autres personnes porteuses de projet ou bien avec des membres. Une certaine émulation est donc ainsi créée et des personnes technophobes deviennent au final des technophiles avérés.

    Encore d’autres ont le luxe de pouvoir s’acheter les services de techniciens et de personnel. Mais, cela est en règle générale possible que s’ils sont affiliés à un établissement quelconque et le prêt de moyens est dans ce cas contraire à l’esprit décrit tel dans le cadre de la charte. On cherche l’autonomie pour plus de liberté. De plus, n’importe quel cotisant, d’après la charte, peut devenir membre de l’équipe à proprement dit, sous réserve de qualification technique minimale, ce qui s’avère faux dans des FabLab tenus par des administrations. Ces mesures cherchent à maximiser le pouvoir de créativité des usagers.

     

    Pérennisation des savoirs et médiation scientifique

    Moult florissants Fablab vont créer leur propre Wikis pour diffuser leurs créations, et souvent, ces projets sont propices à faire des tutoriels et des formations. Car la pérennisation des projets est une des raisons d’être des FabLabs : chacun peut créer à condition qu’il pousse à créer. De plus, la pédagogie et la médiation scientifique fait partie intégrante des FabLabs : souvent des activités d’éveil scientifique pour les jeunes ou encore des activités tout public peuvent être judicieusement proposées par les FabLabs. Cela permet à la fois de parler du FabLab à l’extérieur et d’intéresser un public plus large à la science au service de la créativité.




    *Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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