Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Je suis… juste un!

Aucun champ n'est obligatoire



  • Chroniques d'un enfant unique, célibataire, étudiant-chercheur-aux-études-supérieures et qui adore les chats.

    « Je peux pas venir, Justin, j’ai des trucs de prévus ce samedi. C’est le 14 février, tu comprends! », me fit mon ami d’enfance. Je le fixai alors de mon regard hagard dans ce bar, au beau milieu du Gard, tel un canot sans barre en quête de son phare… mais qu’est-ce donc cette date? Un événement sans doute… situé exactement à cinq mois de la fête nationale (malheureusement, l’auteur est français, sortez les petits mouchoirs il va nous faire de l’Audiard qui en a marre).

    En quête de réponses, je demandai alors à une de mes amies, toujours au courant de tout, ce qu’il se tramait ce jour-là. Une fête étudiante? Un anniversaire surprise d’un pote venant supprimer ma sacro-sainte soirée review Star Wars? Qui oserait déserter ainsi Chewbacca et C-3PO, et pour quelle raison valable? La réponse fut sans appel et telle quelle : « Justin, Justin, Justin… t’es idiot des fois! Regarde n’importe quel calendrier et tu comprendras. ». Mécontent de cette réponse fort caustique mais logique, je pris mon agenda sérigraphié « VDM » pour lui désobéir. Et…

    Nom de Zeus, c’est la Saint-Valentin!

    « Ah. » fut ma première réaction officielle, je sentis un peu la honte en moi, face aux yeux interrogateurs de mademoiselle, c’était LA fameuse date. Je me repris en disant que je m’étais confondu avec une autre, dans un écart de conduite, je m’étais trompé, en réalité je lui ai menti. On rompit alors la conversation, faisant voiture à part.

    En effet, il est difficile de se rappeler un jour insignifiant pour soi, mais qui est si important pour les autres. Ayant des envies de m’improviser (une fois n’est pas coutume) maître du temps, je me mis alors sur pause : « Connais-tu une personne « non-couplée » parmi tes amis en ce moment? »

    La méthode directe de recherche de solution à ce problème fut difficile, après cinq minutes d’itérations laborieuses, j’ai enfin trouvé un autre singleton… Mais bon, juste un cela ne compte pas, enfin nous sommes deux dont un Justin : me suivez-vous bien? Je lui donnais alors un coup de bigophone, entrant dans un monologue bipolaire mais universel : « D’un côté j’ai la paix mais d’un autre côté je n’ai guère le cœur à festoyer. Pour nous en effet, il est difficile de trouver la féerie de cette fête païenne : je hais le fait que de n’être tout seul sans avoir d’être à aimer. ». Il coupa net, en me disant en soupirant : « Mon vieux, on manque d’effet, nous, on pleure face à nos hauts faits alors que d’autres saisissent la féerie… »

    Les désunis dans tous leurs états.

    Oui, être célibataire n’est pas de tout repos aujourd’hui, c’est une espèce menacée, voire en voie de d’extinction de masse. À grand renfort d’Internet, aujourd’hui tout le monde sait que vous raserez les murs le 14 février : aujourd’hui, nul effronté n’aurait besoin de crier sur tous les toits qu’il est un singleton. Enfin, on est plus en 1967, parmi les années où le papier a régné face à la Toile inexistante, où le/la célib’ était obligé de l’avouer sur les petites annonces ou dans un article de presse étudiante. Aujourd’hui nul effronté ne le ferait! Soyons réalistes! Quoique…

    En plus, la pression de l’entourage vous saisit : plongé dans vos études, vous manquez d’air lorsqu’une personne (pour le commun des mortels grand-tante Gertrude) déclame « Vindieu! Tu as vingt-deux printemps comme lorsque je me suis marié! Tu penses pas à imiter les anciens toi? Rhôo ne rougis pas, tu as le temps, la saison des enfants c’est à vingt-cinq ans… ». Bon, les gens ayant un âge supérieur d’au moins n fois le mien sont automatiquement ignorés pour leurs conseils prodigieux en relationnel. Trop de couplage tue le couplage…

    Mais, à l’instar de la présente mode américaine, voir du côté des conseillers sans trop d’expérience est de bon goût, autrement dit les amis (alias les « jeunes » pour ceux qui n’en font plus partie). Mise en situation : vous êtes dans un groupe de potes et le/la seul(e) célibataire. Pas besoin de dire que vous êtes un singleton heureux : il faut que vous rentriez dans le rang… deux par deux et vite! Car, on vous informe : vous êtes triste. Sans même en être tenu informé. Étrange. Par où commencer?

    • L’ami(e) philosophe « Dans la vie, il faut un bon équilibre : amour, amis, travail. Tu ne seras bien que si tu as les trois, pas vrai? [le groupe acquiesce] Surtout le premier n’est-ce pas Justin? »
    • L’ami(e) traillette « Ha mais, un jour tu trouveras l’âme sœur, Justin je te dis que [insérer trois mille mots]. Voilà statistiquement tu as 99,314159 % de chances de la trouver. »
    • L’ami plus vieux « Mais, [avalant sa bière] tu es un peu un imperméable à sentiments toi, dis-moi! Hahaha »
    • L’amie rupturophobe « Oh, là là! Si on rompt avec mon copain demain… [regard triste] ce serait la catastrophe! Je te plains de tout mon cœur. Désolée. Vraiment. »

    E unus pluribum???

    Rassurez-vous, vous avez le droit d’aller bien si vous êtes célibataire : être seul ne signifie pas être isolé et sans interactions. Parole de fils unique : on vit bien entouré, généralement de bons amis veillent sur nous et sont là si ça ne va pas. Enfin, des fois… on a un peu peur de les embêter et on ne leur dit pas tout, on a tendance à se croire trop libre et tels des apprentis-Icare se brûler les ailes lorsque l’on bute sur un obstacle. Sans une personne dite de « référence », il est très dur de faire face à des échecs, des déceptions ou même plus simplement d’obtenir un avis sur un choix important.

    Certes, cela forge le caractère… cela vous donne sans doute du charisme, l’envie d’entreprendre et d’apprendre. Mais un matin, face à votre miroir, vous vous demandez bêtement s’il vaut mieux commencer par la barbe où la moustache pour mieux faire concurrence au Directeur du Polyscope, et personne ne sera là pour vous guider.

    Soyons réalistes : être soi-disant seul est un non-sens, on est plusieurs dans ce cas. Ne cédez pas à la pression des autres, n’ayez pas honte de passer encore votre 14 février seul devant l’ordi, avec des pizzas en regardant L’Empire contre-attaque ou sur un MMORPG — « meuporgue » pour les intimes. Ce qui est honteux, c’est d’être socialement contraint à suivre une marche forcée, essayer de draguer tous les fonds des Vieux-Ports afin de trouver une perle. Pour ensuite l’exhiber avec fierté… On ne badine pas avec l’Amour (Musset, si tu me lis…), il arrive bien souvent à des moments incongrus, ce n’est pas une compétition : les gens qui pensent cela sont les vrais malheureux. Pensez-y. Juste un instant.

     




    *Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

    Le Polyscope en PDF+


    Récente édition
    Couverture PDF Vol. 50 Hors Série 1
    Télécharger
    Volume 50, Hors Série 1
    Prochaine parution en automne!
    Aucun champ n'est obligatoire