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J’ai des préjugés mais… Québec

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  • Presque deux semaines après l’attentat, est-ce que le sujet est épuisé? Il sera épuisé lorsque les musulmans seront bien intégrés dans la société québécoise.

    Intégration n’est pas synonyme d’assimilation. Il n’est pas question de se débarrasser des cultures de l’immigration mais bien de les incorporer à la culture qui est construite ici. En effet, la culture se construit, elle n’est pas fixe. Je n’ai pas la même culture que mes grands-parents! Si c’était le cas, je mangerais des patates deux fois par jour, j’aurais l’impression que les femmes qui travaillent sont irresponsables d’abandonner leurs enfants aux étrangers de la garderie du coin et je trouverais les ordinateurs franchement compliqués et inutiles. Non seulement les changements culturels sont normaux mais ils sont aussi nécessaires. Vous portez encore des crinolines et des casques de poils pour aller travailler? Pas moi! C’est à la société de décider ce qu’on veut garder et ce qu’on veut oublier dans la mosaïque culturelle du Québec. Personnellement je DÉTESTE le ragout de patte de cochon, et j’adore les baklavas. Est-ce que ça veut dire que je renie ma culture? Ou que je suis assimilée? Bien sûr que non! Je construis la culture québécoise de demain.

    Par contre, ça prend du temps ce qui est normal. Ton voisin et toi n’êtes pas d’accord, ce n’est pas tellement grave, vos enfants trancheront! Développer la culture, ça se fait sur plusieurs générations. Je ne sais pas si mes enfants vont préférer écouter le hockey en buvant du lassi à la mangue, s’ils vont regarder la Coupe d’Afrique de soccer en buvant de la bière ou s’ils vont préférer suivre le « Super Bowl » en buvant du thé à la menthe. Par contre, je sais qu’ils ne se limiteront pas à la culture que je vais leur donner et c’est une excellente chose.

    Les fameux racistes

    Je déteste le mot « racisme ». On est tous d’accord qu’il n’y a pas de race dans le genre humain alors pourquoi est-ce qu’on continue de dire aux autres qu’ils sont racistes? Les gens qui ont des préjugés ont peur de l’autre et ils ont des préjugés mais ne sont pas « racistes ». Même si leur peur n’est pas fondée, elle est réelle et en devenant agressif avec eux, on accentue le problème. Être raciste c’est mal, tout le monde est d’accord avec ça. Alors de traiter quelqu’un de raciste, ça ne sert qu’à insulter. Est-ce que c’est possible de les inviter parmi nous à la place? Rien ne nous empêche de leur parler et de leur expliquer calmement comment on a pu passer par-dessus nos propres préjugés.

    La plupart des gens qui ont peur sont loin d’être des monstres et en leur expliquant longtemps et souvent, ils s’ouvrent à l’autre. Encore là, il faut être patient et c’est normal. Je sais que sur les réseaux sociaux on tombe sur une panoplie de débiles qui font carrément des appels à la violence. Mais on a le droit de les ignorer et de se concentrer sur nos proches.

    Mes parents, mes oncles et tantes et mes cousins ont des préjugés. En leur parlant de mes amis musulmans, ils verront qu’en fait, on a beaucoup plus de ressemblances que de différences. Quand quelqu’un dit « Je suis pas raciste mais… » on a le droit de répondre « Moi j’ai des préjugés mais… ». Ce n’est même pas compliqué! Ça prend de la patience.

    Chère radio de Québec

    On aime tellement détester les radios de Québec! C’est tellement agréable de pouvoir pointer du doigt un responsable de tous nos malheurs! C’est surtout très pratique parce que ça nous permet de ne pas regarder nos propres agissements pendant un moment. C’est la faute des autres! Je suis extrêmement admirative de Sylvain Bouchard de Radio-X qui s’est excusé en direct. Il dit ne pas se sentir responsable de la fusillade, mais il a l’impression qu’il aurait pu faire plus d’efforts pour intégrer les musulmans dans ses invités et de leur faire plus de place. C’est toujours courageux d’avouer qu’on a eu tort et M. Bouchard l’a fait avec panache. Bravo!

    Je ne suis pas fan de ce genre d’animateur d’opinion et je suis rarement d’accord avec ses propos mais à ce moment, Sylvain Bouchard a donné une leçon d’humilité, de courage et d’humanité à toute la province de Québec. Bravo! Pourquoi ne serions-nous pas capables de faire la même chose? Nous ne sommes pas responsables de cette tragédie mais nous n’avons pas assez participé à empêcher ce genre d’évènement tragique. Commençons par souligner ceux qui y arrivent et essayons de les imiter plutôt que de chercher des responsables. Si on était sincère dans nos démarches, les vrais « haters » parleraient dans le vide.

    Être musulman à Poly

    La première étape de mes efforts personnels sera d’essayer de raconter la situation à Poly. Les témoignages sont agréables à entendre. Vous, mes amis musulmans, m’avez fait le portrait d’une école exemplaire. Vous dites être à votre place parmi nous et certains d’entre vous semblaient surpris que je sous-entende qu’il y a des problèmes à Polytechnique. Des réponses comme les vôtres m’apportent beaucoup de fierté et j’espère que le sentiment que vous avez dans nos pavillons, vous le sentirez demain sur toute l’île de Montréal et, dans un an, dans toute la province du Québec. Merci de cette patience.

    Pour un Musulman, la vie à Poly c’est…

    Emna Hiba Yaman Akram, Omar et leurs amis rencontrés par hasard dans un corridor
    « Ça fait pas longtemps que je suis ici mais pour l’instant, je me sens bien. Je me suis plus sentie ostracisée en France! Surtout pour les femmes voilées, ici on peut travailler et faire de hautes études. C’est pour ça que le Canada c’est attirant pour un musulman. » « C’est une question intéressante mais je n’ai jamais eu de situation vis-à-vis ma religion. Je ne suis pas vraiment pratiquante il faut dire. »

    « À Poly on se sent bien, il y a des profs musulmans, des profs voilées. On se retrouve dans le corps étudiant. On se sent pas vraiment ostracisé à Montréal mais ça dépend un peu des quartiers. »

    « Poly c’est super accueillant, même les gens de HEC et de l’Université de Montréal viennent ici pour prier! Ce n’est pas très long, alors nous on le fait dans nos pauses. En plus, la nourriture est souvent halal, ça nous facilite la vie. »



    *Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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