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Le journal des étudiants de Polytechnique Montréal
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Du 17 janvier au 11 février, le Théâtre du Nouveau Monde présente La Bonne Âme du Se-Tchouan, fable de l’allemand Bertolt Brecht alliant humour, drame et chanson dans une campagne chinoise imaginaire et rongée par la pauvreté.

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  • Prémisse

    Shen-Té, prostituée, mais surtout seule âme charitable ayant accepté d’héberger les Dieux lors de leur visite, leur redonne espoir en l’humanité. Après lui avoir fait don de quelques yuans pour gagner sa vie sans vendre son corps, ils repartent, espérant qu’elle saura sortir le peuple de la misère et la corruption. Mais la bonté de la jeune femme n’a de limite que l’abus de ses voisins qui, y voyant une porte pour se sortir de la misère, prendrons rapidement avantage de son bon cœur…

    Arrive Shui-Ta, mystérieux cousin de la femme qui, d’une main de fer, l’empêchera de céder à toutes ses envies de bienfaisance, contrôlant même ses élans de cœur lorsque celle-ci tombera follement amoureuse de l’aviateur manipulateur et profiteur Yang-Sun.

    Bienvenue au Se-Tchouan

    Simple, décloisonnée, mais efficace, c’est ce qu’on retient de la mise en scène de La Bonne Âme du Se-Tchouan. Dans une formule cabaret présidée par un maître de cérémonie aux multiples visages (Daniel Parent), des tabourets deviennent un podium, une charrette devient une shoppe à tabac, de subtiles toiles de fond convainquent l’œil qu’il est bel et bien en Chine. Derrière, 4 musiciens empreignent la scène de belle façon; la musique, composition originale de Philippe Brault, accompagne magnifiquement les sections chantées de la pièce, sans toutefois prendre trop de place.

    Malgré un léger manque de rythme à quelques moments, la simplicité paye ici, une espèce de transparence créant une proximité immédiate entre le spectateur et l’acteur. En entrant dans le théâtre, des loges ouvertes permettent à tous de voir les artistes en plein maquillage, pour ensuite les observer briser le quatrième mur en traversant la salle par ses allées.

     

    Une distribution d’exception

    La composante chantée de La Bonne Âme requiert bien sûr de porter une attention particulière quant au choix des acteurs. Louise Forestier, France Castel, Marie Tifo et Linda Sorgini, pour ne nommer qu’elles, montrent à tour de rôle qu’elles ne sont pas là pour rien, pendant qu’Isabelle Blais (Shen-Té/Shui-Ta) nous surprend de sa voix riche et puissante, tout en livrant une solide performance mi-femme, mi-homme, passant d’un sexe à l’autre entre deux scènes. Émile Proulx-Cloutier (Yang-Sun) convainc une fois de plus, démontrant encore un immense talent d’acteur; Bruno Marcil (le barbier Shu-Fu) surprend dans un rôle presque burlesque, y allant de mimiques et d’une gestuelle cocasse à souhait et poussant la note dans Le chant du barbier Shu-Fu. Daniel Parent fait rire dans son rôle de maitre de cérémonie excentrique, lien direct avec le public, externe à l’action mais y prenant part à la fois.

    De manière générale, La Bonne Âme du Se-Tchouan fait sourire. Critique d’un monde corrompu et condamné, la version que nous présente la metteure en scène Loraine Pintal au TNM laisse toutefois place à la légèreté, la production s’étant permis d’abroger quelques scènes et chants pour donner un spectacle d’environ deux heures (ce qui n’est pas court pour autant). Il faut dire que le texte original de presque quatre heures aurait probablement fait perdre patience aux plus passionnés. Par dessus tout, la pièce remise au goût du jour à la manière d’un cabaret  vient complètement exacerber la personnalité des personnages; que du bonheur.

     

    « Une seule bonne âme peut-elle sauver le Se-Tchouan? » demandera-t-on au tout début de pièce, la réponse étant bien évidemment « non ». Et cette réalité qu’une personne ne peut incarner à elle seule le changement de tout un peuple est particulièrement bien représentée sur la scène du TNM. D’ailleurs, ça me rappelle drôlement un nouveau président tout ça… ok non, essayons de ne pas parler de lui dans un article culturel quand même. Bref, l’impossibilité d’une seule bonne âme de porter tout le poids du monde sur ses épaules étant la ligne directrice de la pièce, on en retire que peu importe la force de l’individu, le changement devra passer par la volonté de tous, ou ne pas passer dutout. Et le « sauveur » qui peut sortir le monde de la corruption et du système gangréné par sa simple volonté, il n’existe pas, malheureusement…

    Pour sa 65e saison, le TNM s’est donné pour thème de revisiter des classiques de grands auteurs, et pour être franc, on leur souhaite 65 autres belles années, parce que la qualité ne cesse d’être livrée.




    *Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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