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Président Trump : plus le temps de rire, pas le temps de pleurer

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  • Le 20 janvier dernier à Washington, Donald Trump est officiellement devenu le 45e président américain. Celui qui faisait l’objet de toutes les moqueries savoure une victoire qui a secoué le monde entier. Chose certaine, l’accès à la plus prestigieuse fonction du pays n’a pas semblé inspirer retenue et humilité au nouveau « leader du monde libre ».

    À l’heure où vous lirez cet édito, son contenu sera forcément dépassé. En effet, au rythme où les controverses s’accumulent autour de la toute jeune administration Trump, il est fort à parier que de nouvelles déclarations chocs (ou gazouillis) du président auront eu le temps de faire oublier celles des jours précédents.

    L’ère de la post-vérité

    En moins d’une semaine, Trump a fait étalage à de nombreuses reprises de la plus inquiétante facette de son caractère, soit l’incapacité à prendre la critique ou à accepter la moindre défaite. Sean Spicer, le nouveau porte-parole de la Maison Blanche, a débuté la première conférence de presse de son mandat en accusant les médias d’avoir menti sur la taille de la foule pendant l’inauguration… avant de lui-même sortir des chiffres trafiqués sur l’achalandage du métro de la capitale. Deux jours plus tard, le porte-parole devait défendre son patron qui ressortissait le spectre d’une fraude électorale à grande échelle. Selon lui, il s’agit là d’une « croyance » du président, résultant d’une étude qui lui a été présentée. Peu importe que cette étude ne conclut pas à une fraude : selon la Maison-Blanche, le président a droit, comme tout le monde, à son opinion. Qu’elle soit basée sur son égo démesuré plutôt que sur les faits n’a pas d’importance.

    Il fut un temps où rien n’était pire pour une administration que d’être prise à mentir. Sous Trump cependant, le mensonge n’est qu’une collection de « faits alternatifs » et l’acharnement des médias à chercher la vérité est le symptôme d’une élite partisane qui cherche à miner la crédibilité du président.

    Le mensonge devient pour Trump un outil politique redoutable : il prétend par exemple que les réfugiés sont responsables des attentats terroristes en Europe et justifie ainsi les nouveaux obstacles à l’obtention des visas aux ressortissants de nombreux pays à majorité musulmane. Il justifie aussi son fameux projet de mur à la frontière mexicaine en traitant les réfugiés illégaux de criminels endurcis alors qu’ils commettent en réalité moins de crimes que la moyenne américaine. Peu importe d’ailleurs que les études les plus récentes montrent une immigration illégale nette par voix de terre pratiquement nulle entre les deux pays depuis quelques années : la xénophobie de Trump ne s’embarrasse pas des faits.

    Il y a plus d’un lunatique sur la colline

    Paradoxalement, malgré toute l’attention médiatique portée sur les divergences entre Trump et le Parti républicain, notamment en matière de politique étrangère et de protectionnisme économique, je reste persuadé qu’il nous faut craindre au moins autant les initiatives du Congrès que les folies du président. Au fond, son programme tenait sur un timbre-poste et sur les points les plus flous de ses politiques, Trump semble tout à fait à l’écoute des revendications républicaines. Or, ceux-ci semblent bien déterminés à faire reculer le pays 50 ans en arrière, particulièrement sur les questions sociales et environnementales. Tout semble indiquer que le président cédera aux pressions du parti et nommera un juge ultraconservateur à la Cour suprême, mettant du même coup en péril les droits des femmes des communautés LGBTQ. Il semble aussi disposé à couper les vivres à Planned Parenthood, un organisme d’une extrême importance qui fournit un accès aux soins de santé reproductive à des millions d’américaines. Passeront aussi probablement à la hache la lutte aux changements climatiques et bien des lois de protection environnementale. Finalement, malgré le discours cryptique de Trump sur certaines provisions de « l’Obamacare », le Congrès semble bien décidé à retrouver l’Amérique pré-Obama, où des dizaines de millions de personnes n’avaient pas accès à une assurance maladie.

    En somme, le président Trump n’est pas le seul lunatique en position de pouvoir à Washington, un fait que ceux se mobilisant en masse contre lui ne devraient pas oublier.

    Ouvrir l’œil et résister

    Devant la succession de déclarations choc et de tempêtes médiatiques, il est facile de se décourager. Les scandales semblent glisser sans dommage sur Donald Trump, qui enchaine sans gêne les bourdes qui auraient coulé n’importe quel politicien. Nous n’avons cependant pas le luxe de pouvoir détourner les yeux et ignorer les frasques de l’épouvantail à la peau couleur de Cheetos. Nous devons nous opposer de toutes nos forces à la « réalité alternative » du président, et surtout à la normalisation des discours xénophobes et sexistes qui l’accompagnent. Trump et sa rhétorique ne sont pas invincibles. Un jour, sa pyramide de mensonges s’effondra sur son propre poids, c’est inévitable. On parle après tout d’un président qui a promis, du même souffle, un mur de 20 milliards de dollars, une baisse d’impôts pour les entreprises et la classe moyenne, un réinvestissement dans l’armée et une suppression du déficit. Ses fidèles lui ont pardonné bien des choses, voyant en lui un champion du peuple face aux élites de Washington. Ils déchanteront inévitablement, Trump ayant nommé dans son administration une collection de lobbyistes et de milliardaires.

    Mais en attendant l’échec retentissant de ses politiques, il est primordial de se mobiliser et de rejeter les politiques de haine et de division ainsi que les mensonges qui les nourrissent. La victoire de Trump a défoncé les frontières du normal et de l’acceptable, et des gens aux idéologies nauséabondes comptent bien en profiter. Espérons que la manifestation de samedi était annonciatrice des mois à venir, et que les Américains (et surtout les Américaines) continueront de crier leur indignation et leur solidarité. La rhétorique de Trump n’est ni novatrice, ni révolutionnaire. Elle est fondée sur la haine, la peur et le mensonge. Ne la laissons pas se normaliser et surtout, ne la laissons pas s’exporter.




    *Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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