Logo Le Polyscope
De toute façon, on est les meilleurs depuis 1967.

Davos ou lorsque les gouvernements négocient avec les multinationales

Aucun champ n'est obligatoire



  • Aperçu article Davos ou lorsque les gouvernements négocient avec les multinationales
    Cliquer pour agrandir
     (lien ouvrant dans une nouvelle fenêtre)
    Can women have it all? © Forum économique mondial

    La rencontre de Davos est la première rencontre publicisée du genre, rassemblant les décideurs politiques et économiques de notre monde pour trois jours de discussion sur l’avenir de nos sociétés et les grandes lignes à suivre.

    La conférence de Davos, aussi appelée Forum économique mondial, est une rencontre annuelle internationale qui réunit chefs ou représentants de gouvernements, de firmes multinationales, d’organisations internationales; mais aussi des personnages publics et des entrepreneurs. Ce 47e sommet qui s’est tenu en Suisse (à Davos) du 17 au 20 janvier était LE rendez-vous à ne pas rater chez les médias.

    Si cette année plus que les autres, il a fait la une des journaux, c’est dû au premier déplacement historique du président chinois Xi Jinping qui s’est présenté en personne au sommet. C’est lui-même qui l’a ouvert mardi 17 janvier pour « exposer la vision de la Chine sur la mondialisation, à la lumière des nouveaux défis sur la scène internationale » a expliqué son vice-ministre des affaires étrangères, Li Baodong. Le discours libéral du secrétaire général du parti communiste chinois et actuel président, prônant le libre-échange et les investissements internationaux, a fait écho à l’investiture de monsieur Trump, le jeudi qui suivit. L’élection de ce dernier, répétant ce jour-là à la cantonade et le pouce bien haut « America First » en faisant planer l’ombre d’une politique protectionniste, n’a certes pas fait l’unanimité, mais il a certainement contribué au positionnement chinois et au message international fort qu’ils ont voulu faire passer à travers cette rencontre suisse.

    « Faites ce que je dis, pas ce que je fais ». Soyons clairs, bien que la Chine ait voulu marquer son passage, son discours n’est pas à prendre au pied de la lettre. Si l’on s’y risque de plus près, on peut voir que tout en louant les bénéfices de l’ouverture économique mondiale, elle reste paradoxalement un des régimes les plus fermés nationalement au niveau intellectuel. Le président Xi Jinping a fait une guerre aux dissidents dès son arrivée en 2012, et pas plus tard qu’une semaine après son discours au Forum, il a censuré le Unirule Institute of Economics, un groupe de réflexion fondé par l’un des économistes et réformateurs les plus respectés de Chine, Mao Yushi.

    Mais face à une présence américaine discrète, tremblante de poser au côté de l’éminent chinois, de peur que leur nouveau président considère cet acte comme antipatriotique; le discours  de Xi Jinping, s’érigeant en nouveau champion de l’ordre libéral international, fut du plus grand effet. Il est tout de même à noter que face à la montée de débats houleux concernant monsieur Trump, un américain s’est levé et a fait un speech qui en marqua plus d’un. Cet homme, c’est Anthony Scaramucci, entrepreneur, financier et auteur de best-seller, il fut l’un des conseillers du nouveau président américain durant sa campagne et vient d’accéder au bureau des engagements publics et affaires intergouvernementales de la Maison-Blanche. Bien que sa position au sein du gouvernement suggère un discours sur fond de propagande, je vous encourage à aller en prendre connaissance, ses prédictions pourraient bien se révéler plus justes que prévues.

    Pour rendre justice à la soixante-dizaine d’autres pays présents cette semaine-là, dont les représentants de tous les pays du G20, parlons un peu des 400 rencontres qui furent organisées. Sous le thème « Leadership réceptif et responsable », quatre grandes lignes furent discutées : la revitalisation de l’économie internationale, le réexamen de la coopération internationale, la réforme du capitalisme et  la préparation d’une quatrième révolution industrielle.

    Quand on parle de quatrième révolution industrielle, de quoi s’agit-il? Cela concerne en fait un phénomène que l’on peut déjà détecter et qui n’est que le bout du nez d’une révolution technologique sans précédent, qui va transformer l’espace international comme on ne l’a encore jamais vécu. De par son ampleur, sa complexité et sa portée, elle va modifier fondamentalement notre façon de vivre, de travailler et d’interagir avec les autres. Même si la manière dont elle se déroulera reste incertaine, la communauté internationale est consciente d’une chose : pour réussir à s’en servir comme d’un tremplin, la réponse donnée doit être intégrée et globale, impliquant tous les acteurs du système politique mondial, allant des secteurs public et privé au milieu universitaire et à la société civile.

    Parlons un peu de ce qu’on y a vu : la conférence a réservé à la Grande-Bretagne un accueil froid et Theresa May, accompagnée de Philip Hammond, a eu la tâche peu enviable d’exprimer la vision de son gouvernement et son positionnement face à l’économie mondiale.

    Après avoir été traitées comme des parias pour avoir provoqué la crise financière mondiale, les banques sont de nouveau courtisées par un vent populiste venu de l’Ouest. Le gouvernement britannique a voulu se montrer rassurant auprès de ses occupants tels que Goldman Sachs ou Morgan Stanley, même si ces derniers ont laissés entendre qu’ils quitteraient Londres s’ils n’obtenaient pas les arrangements qu’ils souhaitaient.

    On a eu des nouvelles des prédictions de Martin Sorrell, directeur du géant publicitaire WPP. Après avoir annoncé au sommet de l’an dernier qu’Hillary Clinton serait président des États-Unis et que le Brexit n’aurait jamais lieu, il a retenu ses envies d’en dévoiler davantage sur ses prédictions cette année. Choix sans doute plus judicieux que celui de George Soros qui, lui, ne s’est pas privé de prédire que les marchés tomberont, Theresa May ne durera pas longtemps, et que les contrôles américains empêcheront Trump d’être un dictateur. Les paris sont ouverts.

    Enoch Powell avait tort quand il a dit que chaque carrière politique se termine par un échec. Pour certains politiciens négligés, elle se termine à Davos. Parmi les poids lourds politiques qui n’ont pas réussi à s’imposer, on retrouve David Cameron, largement critiqué cette semaine pour le référendum de l’UE, Gordon Brown et Peter Mandelson. Mais pas d’inquiétude, pour s’amuser malgré tout il suffisait de prendre l’exemple de George Osborne. Désireux de revivre ses jours d’étudiant à Oxford, il est allé débattre de l’économie mondiale avec Christine Lagarde, a posé avec les Clooney à une réception chic et a profité d’un scotch à la fête du magnat Matthew Freud dans un chalet privé à l’hôtel Schatzalp, seulement accessible par funiculaire.

    Les militants dubitatifs sur la politique de Trump concernant la lutte contre le changement climatique ont déclaré qu’ils surveilleraient de près son administration, craignant qu’il n’altère les accords de Paris. La première ministre norvégienne, Erna Solberg, a d’ailleurs rebondi sur le sujet en déclarant que le président américain serait incapable de respecter les accords de la COP21 destinés à maintenir le réchauffement climatique mondial « bien en dessous » de deux degrés Celsius.

    Finissons sur quelques résultats chiffrés auxquels ont abouti ces quelques 400 rencontres : le gouvernement norvégien va soutenir un fonds de 400 millions de dollars visant à investir dans l’agriculture sans déforestation et protège actuellement 5 millions d’hectares dans les pays travaillant à réduire la déforestation. La CEPI (Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies) a été officiellement lancée cette année, afin de réagir plus rapidement et mieux maîtriser les futures épidémies. Les signataires du projet Forum’s New Vision for Arab Employment ont contribué à reconvertir 250 000 personnes depuis 2013 et visent maintenant un million de travailleurs actuels et futurs. Le Forum s’est associé à l’institut des sciences marines de l’université de Californie à Santa Barbara pour protéger les océans et les ressources marines du monde, un bien global estimé par WWF à 2,5 trillions de dollars. Quarante gouvernements et entreprises, y compris certains des plus gros utilisateurs mondiaux de biens de consommation, ont approuvé un plan visant à augmenter les taux de réutilisation et de recyclage des emballages plastiques de 14 % à 70 %. L’entrepreneur social Gary White, co-fondateur avec Matt Damon de water.org, a annoncé un partenariat majeur de 1,2 million de dollars avec Stella Artois pour aider à fournir de l’eau potable à 3,5 millions de personnes. GoodWeave International, une autre entreprise sociale, a annoncé un nouveau programme international, Sourcing Freedom, pour arrêter l’esclavage moderne dans les chaînes d’approvisionnement. On estime à 21 millions le nombre de personnes qui font du travail forcé ou servile dans le monde entier. Ce programme est actuellement soutenu par un de nombreuses entreprises mondiales de différentes industries. Enfin, 100 grandes entreprises ont signé le Pacte pour un leadership sensible et responsable.




    *Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

    Le Polyscope en PDF+


    Récente édition
    Couverture PDF Vol. 50 Hors Série 1
    Télécharger
    Volume 50, Hors Série 1
    Prochaine parution en automne!
    Aucun champ n'est obligatoire