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Apprenons-nous l’écologie à Poly?

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    La solution trouvée par un jeune de 18 ans pour nettoyer les océans © boyanslatoceancleanup.weebly.com

    L’écologie et l’impact de notre mode de vie sur cette dernière est depuis de nombreuses années étudié par le monde scientifique. Or comme le disait mon professeur de physique au secondaire, nous sommes, en tant qu’ingénieurs, « la future élite scientifique de notre nation ». Dès lors, chargé du fardeau de nos ancêtres, sommes-nous réellement à même d’être bien formés pour assumer ce rôle?

    Je suis français, à Polytechnique depuis août 2014 pour un échange double diplômant avec une école d’ingénieur français : Grenoble INP-Génie Industriel pour ceux qui connaissent. Depuis longtemps et comme nombre d’entre vous, j’entends parler d’impact environnemental et d’écologie, me demandant sans cesse quelles actions je puis prendre pour que mon impact soit minimal.

    Que ce soit en France ou ici à Montréal, j’ai vu les institutions scolaires mettre le pied à l’étrier et proposer à la classe étudiante des cours, des outils pour analyser et comprendre le phénomène global qui nous amène peu à peu au bord du gouffre : une vingtaine de cours en lien avec l’environnement, un microprogramme en développement durable, cinq DESS, cinq maitrises sans compter les certifications LEED du pavillon Lassonde ou le tri sélectif. En somme, il est sûr qu’il y a de quoi agir au quotidien et que Polytechnique essaye de faire bouger les choses.

    Toutefois, de mon point de vue, le nerf de la guerre ne réside pas dans les aspects théoriques ou la maitrise d’outils dont le monde professionnel s’empressera bien vite de nous faire changer ce qui nécessitera une nouvelle formation. À mon sens, la véritable chose que nous devrions apprendre c’est à unir nos efforts et donc à apprendre à travailler efficacement ensemble.

    Comment cela se passe-t-il à Poly?

    Pour cela, le système éducatif québécois est bien meilleur que le système français : on a tous connu ce cours de Travail en équipe et leadership au baccalauréat et pour ceux en études supérieures celui de Gestion d’équipes dans un environnement technologique. En cela, je tire vraiment mon chapeau à Polytechnique.

    Mais en vrai ces cours servent-ils vraiment? Pour ceux d’entre vous qui ont la chance de suivre le même parcours que vos amis ou camarades de classe qui travaillent efficacement, je suis sûr que oui. Mais pour ceux qui, comme moi, profite de la diversité des cours offerts pour se créer leur propre parcours, c’est beaucoup plus difficile, il faut toujours constituer une nouvelle équipe, apprendre à se connaitre, définir la cible commune et les règles de travail tout ça en moins de trois mois !

    Croyez-moi c’est épuisant!

    Dès lors, comment développer efficacement nos capacités collaboratives quand même les projets sont plus sujets à la domination de la note qu’au véritable épanouissement individuel au sein d’un groupe de travail? Comment pouvons-nous réellement apprendre à avoir une vision à long terme en équipe quand notre quotidien consiste à s’adapter sans cesse à de nouvelles personnes et de nouvelles règles de travail?

    Attention je ne dis pas là que c’est mal d’apprendre à travailler avec de nouvelles personnes, loin de là. Toutefois, j’ai sans cesse l’impression qu’il faut un projet de session pour qu’un cours soit réellement un cours ce qui est assez chronophage quand il faut réapprendre à travailler ensemble alors que ce temps pourrait être utilisé à se poser de bonnes questions ou à développer notre créativité pour résoudre ces problèmes.

    Par ailleurs, je ne participe certes pas à des projets intégrateurs, mais des discussions que je peux avoir avec mes camarades, il me semble plus que ces derniers sont harassés par des rapports de projet que par une véritable démarche collaborative innovante pour résoudre les problèmes actuels. Et quand on voit le résultat de tout cela sur le psychisme des étudiants (cf. Volume 49, numéro 9 sorti le 1er février 2016), il y a de quoi s’interroger.

    Qu’en pense le Polyscope?

    Mes collègues du Polyscope avec qui j’ai pu discuter de mes interrogations sont néanmoins plus nuancés que moi. Pour ceux et celles qui ont la chance de pouvoir suivre un parcours avec les mêmes camarades durant leurs années de baccalauréat ou d’études supérieures, ils ont assurément l’impression de pouvoir développer leurs qualités inhérentes au travail en équipe par le biais d’une connaissance partagée des compétences de chacun qui mène à la confiance en l’autre. Certains mettent néanmoins en avant que cette situation dépend énormément du génie dans lequel l’on se trouve, laissant ainsi sous-entendre que certains génies sont plus collaboratifs que d’autres.

    Maintenant quand on parle d’écologie, d’environnement ou de développement durable c’est une autre paire de manche : en génie chimique, la direction a beaucoup misé sur cette problématique sans doute dans l’optique de former ses futurs ingénieurs biochimiques aux problématiques environnementales qui sont les seuls débouchés professionnels actuels?

    À l’inverse, en génie électrique ou industriel, il faut littéralement se retrousser les manches pour trouver matière à discuter. Dans certains génies, c’est même la partie qui est éclipsée ou survolée à tous les coups : « On va faire ça rapidement », disent certains professeurs. Programme trop chargé ou manque de considération de la part de nos ainés qui se délaissent d’ores et déjà de leur responsabilité dans ce fléau croissant?

    Il est sûr qu’il est plus ou moins facile d’aborder la problématique dans certains cours plutôt que d’autres : comment parler d’environnement en cours de mécanique quantique? Comment imaginer à l’opposé de parler d’hydroélectricité sans impacts environnementaux? Toutefois, même dans les projets intégrateurs, cette problématique n’est pas assez mise en avant : « On a déjà pas le temps de finir notre projet alors penser à l’environnement quand le professeur s’en moque, ce n’est pas vraiment notre priorité numéro une » m’a même répondu en essence l’un de mes camarades du Polyscope.

    Bizarre quand même non? Qu’un projet intégrateur censé durer de quatre mois a un an censé confronté un étudiant à ses possibles contraintes et exigences professionnelles ne mettent pas plus en exergue la problématique environnementale vous ne trouvez pas?

    Bien entendu, la direction fait du mieux qu’elle peut en s’interrogeant sur la nécessité de proposer des cours étiquetés plus verts ou d’avoir plus de cours parlant tout un chacun un peu de l’environnement, mais il faudrait pour cela commencer par réunir les principaux concernés autour d’une table pour poser les bases d’une formation durable et actuelle.

    Bilan

    Ai-je tort? Ai-je raison? Je l’ignore. Mais en conclusion je ne peux m’empêcher de penser que trop de notre temps est passé à réapprendre à travailler en équipe ou que les projets intégrateurs dont j’entends parler manquent cruellement de cette ampleur environnementale que j’ai par moment l’impression que notre potentiel est gâché. Si vous ne me croyez pas, parcourez le web et vous verrez surement tout un tas d’histoires de jeunes gens qui ont mis tous ces problèmes de côté pour se consacrer à l’essentiel comme ce jeune néerlandais qui a 18 ans, propose une solution efficace pour nettoyer les océans de la planète appelée The Ocean CleanUp.

    NDLR : La rédaction se félicite de voir enfin un article écrit avec sérieux et sans aucune blague de mauvais goût de la part de leur pigiste.




    *Les auteurs ont l’entière responsabilité de leurs articles et n’engagent d’aucune façon l’équipe du Polyscope ou de l’AEP, sauf lorsque la signature en fait mention. Nous laissons au lecteur la jugeote de déceler le sarcasme saupoudré sur nos pages.

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